Musique
Good trip : Live dans les bars & concerts Pop/Rock

Las des soirées en boite qui finissent à six heures du matin et des gueules de bois qui nous clouent au lit jusqu’à la tombée du jour et nous transforment aux yeux de notre concierge en créatures nocturnes suceuses de sang, nous prîmes avec mes amis la décision pacifiante et antalgique d’aller écouter un peu de musique au  Upstairs , véritable lieu culte pour les montréalais adeptes de jazz.
    À l’entrée du bâtiment, une petite touche d’humour : l’enseigne indiquant le nom du bar (Upstairs, qui signifie « à l’étage »), est à l’envers, le bar se situant au rez-de-chaussée.À l'intérieur, lumière tamisée, mobilier classe et cosy, tout est soigné, de la déco des escaliers qui mènent aux toilettes, recouverts de touches de pianos, aux menus, eux aussi conçus comme des modèles réduits d’instruments de musique. L’endroit est à la fois spacieux et  intime, à tel point que, derrière nous, un couple de tourtereaux (pas tout à fait jeunes, avouons-le) s’enlace tendrement.
    Et puis le garçon revient, pour nous dire de baisser le volume cette fois-ci. En effet, le band va commencer dans quelques instants. Tous les soirs, à l’Upstairs, du Mercredi jusqu'au Dimanche, c’est un groupe de jazz différent qui fait son show, au plus grand plaisir du public. L’atmosphère est donc unique à chaque fois,ce qui concourt au charme du lieu. Ce jour-là nous sommes chanceux, c'est le tour du Barry Elmes Quintet.Le contrebassiste est un virtuose, et ses soli graves et envoûtants nous font carrément planer.  

    L’Upstairs, c’est (et nous l'avons expérimenté ce soir) un temple de la musique et du cool  où les fidèles se réunissent avec une ponctualité remarquable pour célébrer la résurrection de la divinité  jazz, qui siège à la droite du père et qui sauvera les hommes du pêché et de cette puissance démonique que certains nomment le Rap

Stoubidou

Posté dans Musique par Mandelstam le 02.02.06 à 15:47 - 0 commentaire

Le Mont Royal est beau comme une Orange

où l'on s'ébroue en terres tziganes, en ouvrant grand notre troisième oeil...
Avant de parler du groupe, évoquons l’esprit du lieu, et rappelons une banalité : le Orange est la couleur des Éveillés cosmiques et des gens facétieux. Le Orange et le Divan forment une parfaite harmonie en invitant à une méditation philosophique et mystique tout à la fois, et la rumeur veut qu’Hildegarde Von Bingen prêchât les bienfaits de leur association.
L’ambiance du bar, en ce sens, risque de vous plaire et de vous dérouter discrètement: si vous rêviez naïvement de vous fondre dans la masse crépue et tatouée des Punks qui vous plaisaient tant quand vous étiez petite (provoquant même un léger frisson d’effroi non exempt d’érotisme), vous vous rappellerez cruellement que vous êtes à présent salariée, que vous possédez des perruches très bien élevées, qui s’accordent parfaitement aux tons crème de votre salon, et que vous méditez l’acquisition de toute sorte d’objets exposés dans des magasines féminins. En d’autres termes, vous aurez l’air d’une bourgeoise, ce que vous êtes devenue, pendant au moins 10 minutes, le temps pour vous d’attraper une bière et de noyer votre lucidité dans l’alcool. Ne soyez pas triste et observez tous ces Bourgeois Bohèmes, comme vous, qui poguotent hardiment et sans complexe aux côtés de vos idoles nostagiques.
Le Divan Orange mérite toute notre attention, surtout un Jeudi soir, car il tient les rênes des nuits alternatives à Montréal, et réussit là où les nuits parisiennes échouent le plus souvent, c’est à dire offrir un espace de création ultra-festive et de véritable mixité sociale. Pour ce qui est du show, j’ai eu personnellement du mal à voir la scène (tout le monde faisait 2 mètres hier soir…), mais j’ai eu le temps de distinguer le clarinettiste, super fort, star absolue gitano chic (certes le chic n’est jamais loin du chiqué, mais c’est) et personnalité visiblement complexe. Le reste du band paraît studieux, mais diablement compétent (je pense au violoniste, très Bertrand Cantat rangé, subtil et lointain…). Le répertoire reprend des classiques tziganes, et convoque le Golem avec un Hava Nagila de collection. L’ensemble est d’une efficacité remarquable, que je goûte en bourgeoise, non sans envier ceux qui s’embrassent amoureusement devant moi, avec une langue percée.

Live Report. Gadji Gadjo en concert le jeudi 23 juin 2005 au Divan Orange.
+ d'info : Le site de Gadji Gadjo, à consulter sur le www.gadji-gadjo.com. Pour le Divan Orange, voir sur le site www.ledivanorange.org.

Posté dans Musique par Mandelstam le 24.06.05 à 17:51 - 3 commentaires

Les Strangers bougent encore...Où l'on s'égosille dans nos beaux habits noirs...

À défaut d’aller voir un navet confidentiel  à l’Agora de la Danse, dont Virginie, qui s’y collait ce soir-là, me fit un compte rendu pathétique, je me lançai fringante sur le chemin du Club Soda, accompagnée d’acolytes mâles bercés depuis l’Les Strangers bougent encore...enfance des accords misogynes d’un groupe vieux de plus de vingt ans (premier album et coup de génie, Rattus Norvegicus en 1977 !).

Fantasmatiquement nimbés d’une crédibilité rock apparemment inoxydable, revendiquant leur filiation avec les Doors (rien que ça) avec qui soi-disant ils partageraient certains plis, les Stranglers étaient attendus à Montréal par un public, épars et vieillissant certes, mais extrêmement enthousiaste, le genre sobre et ténébreux, pour qui le rock est une affaire grave.

Alors, qui dira sa déception lorsqu’au premier coup de maracas, le nouveau chanteur Paul Roberts (nouveau depuis 1990 tout de même) sémillant et débonnaire, pas ténébreux pour un sou, jugea bon de nous infliger des contorsions bondissantes (tout en nous informant gentiment de la taille de son pénis), suant péniblement sang et eau, le torse nu et glabre ainsi qu’un jeune homme.

On ne sut que penser de cette hâve imitation de Iggy Pop, insoutenable même pour les néophytes. Ceux qui découvrait ce soir-là les productions des Stranglers pouvaient se réjouir, en fermant les yeux sur des qualités techniques vieillissantes (mais ne dit-on pas que le batteur a 102 ans ?), les autres étaient au bord des larmes, en deuil des dandys des hauteurs qui chantaient voilà 20 ans, avec une raideur délicieuse, leur mépris des femmes. Rappelons que le groupe est en tournée en France durant tout le mois de novembre 2004.

Pour consulter un site en français, c'est par ici.  Pour le site officiel, préférez l'anglais

+ d'Infos : The Stranglers, au Club Soda, nouvel album Norfolk Coast, single Long Black Veil

Posté dans Musique par Emmanuelle le 07.04.05 à 03:31 - 0 commentaire

Rent... for Rent

Où l'on parle avec délice des productions scolaires, qu’on regarde d’un œil complice en guettant l’apparition d’une chips volante ou d’un mobile narquois..
Ici, j’ai bien conscience de mettre sur le même plan et dans le même panier deux spectacles d’inégale pochitude. Il  y a d’abord un spectacle très poche (mais adorable), qui est passé à Montréal dernièrement au théâtre Olympia, sans le succès populaire escompté, semble t-il, et où l’on reconnaîtra l’argument de la Bohème (carrément), argument habilement resitué dans un loft new yorkais remasterisé, plateau tournant des amours de Mimi et de Roger le guitariste. Autant le dire tout de suite, je ne parlerai que du plaisir que j’ai eu à voir le spectacle, un plaisir qui à mon avis tint plus à la présence à mes côtés de mon amie accompagnatrice  (Sandrine déchaînée ce jour là) et à la complicité charmante des jeunes gens encadrés (complicité effarée et gloussante dès la première simulation de cunnilingus) qu’à la qualité objective du spectacle. Les airs, chantés très fort (vent dans les voiles de la variété tonitruante), furent certes redoutablement efficaces (l’air de « would you light my caaaaandle » me poursuit depuis lors impitoyablement); m’est avis à ce propos que les chanteurs ont été choisis pour leur physique : le chanteur ressemble à Beckham, mais en un petit peu gros, et moins stylé quand même, Mimi se tortille comme un ver dans son étui à fesses et le travesti Angel (« an angel indeed ! ») tricote des talons hauts. Bref, il faut voir ça. 

Il y a ensuite un spectacle juste un petit peu poche (populaire en tout cas, et c’est une qualité) qui, fort de son succès retentissant de l’année précédente avec Edmond Dantès (pas vu, désolée, mais y paraît que c’était plutôt réussi), réitère une sorte d’exploit au regard des touffeurs (moites? Non, plutôt inextricables) du roman. Là encore, un grand moment de partage avec les accompagnatrices (Axelle et Sandrine en l’occurrence, déchaînées décidément), car il fallut dompter les élèves d’un Cégep inconnu (c’est à ce moment que se place l’épisode de la chips qui vole), alors que nos élèves à nous dormaient tranquillement dans leur coin. L’argument n’est pas si compliqué au fond : Edmond Dantès se venge sous le nom de Monte Cristo des ignobles individus qui l’avaient empêché de se marier à Mercedes (devenue la femme de Danglar, le gros méchant) et l’avaient jeté dans son cachot sombre…Devenu horriblement riche par des méandres scénaristiques un  peu abscons pour le coup, lui et ses acolytes (un gros Corse et un Maure mystérieux) appliquent une vengeance, qui se veut celle de Dieu, Dantès en étant le bras immanent, et le muet contemplateur du juste retour des choses. Un mot sur la mise en scène (si vous y allez avec des élèves, elle ne manquera pas de vous intéresser) qui étonne par sa fluidité et sa chorégraphie enlevante et, en outre, qui ne déroutera pas l’esprit conservateur de vos petit-culs. Ça virevolte comme une pièce-montée, tout en coulisses et en chausse-trappe (le motif du piège, les enfants!), en costumes bouffants (gansettes et manches de sortie) dont un, celui du héros, bleu et jaune électrique (un plaisir pour les yeux), en escarpolettes et en faux-puits charmants. Tout le monde est content, et le tour est joué.


+ d'info : Le Comte de Monte-Cristo
au théâtre Denise-Pelletier du 18 Janvier au 18 Février 2005, et Rent (site officiel) à Broadway, au théâtre Netherlander, tant que ça marche.

Posté dans Musique par Emmanuelle le 07.04.05 à 02:40 - 2 commentaires