Il y a dix ans exactement, la nation québécoise devait choisir, pour la deuxième fois dans son histoire, si oui ou non elle allait se séparer du Canada. Après une campagne sans pareil dirigée d’une part par Parizeau et Bouchard (pour les Souverainistes), et d’autre part par Jean Chrétien (pour les Fédéralistes), le Canada conservait le Québec, à quelques milliers de votes près. Les péquistes criaient au vol tandis que les fédéralistes poussaient un immense soupir de soulagement.
Cette aventure est dans la tête de tous les Canadiens et constitue l’événement le plus important et le plus poignant de l’Histoire du pays. L’auteur, Mario Cardinal, nous expose, en toute objectivité, une foule de témoignages, d’entrevues et d’informations jamais publiées auparavant.
Point de Rupture (chez Bayard) est en tout point fascinant. Il retrace la campagne épique qui prit place durant l’année quatre-vingt quinze, et met au jour les grandes zones d’ombre du référendum. Le style de l’auteur, concis et neutre, colle à merveille au sujet du livre, et ce sont les événement racontés qui rendent l’œuvre totalement captivante. Que vous soyez souverainiste, fédéraliste, Canadien ou étranger, ce livre est en tout point indispensable.
Stoubidou
Profitons sournoisement du concours de poésie organisé fort à propos par l'association québécoise des professeurs de français pour lire enfin (relire si vous êtes déjà passé à un autre stade, auquel cas bravo...) les poèmes de Marie Uguay qui sont honorés par ce biais.
Les éditions Boréal abritent les écrits de cette jeune poétesse morte d'un cancer à l'âge de 26 ans, en 1981,et dont l'accession au statut de classique de la littérature québécoise ne s'est pas faite attendre, sans que cette onction ne doive uniquement à l'émotion de sa mort précoce ou à la légende qui s'attache à sa très courte existence. On parlera plutôt de son extrême intelligence et de sa sensibilité rendue transparente à la manière d'un rêve.
Dans son Journal, publié en 2005, elle relate ses dernières années illuminées par la souffrance et le désir de vivre.
"Il vente maintenant et mes rêves sont des labeurs
une plongée entre chaque souffle
les bâtiments se fendent en chacun de leurs couloirs
silence cloisons garnies du froid et du morne (...)"
Après une lecture que je souligne d’emblée comme contrainte et forcée (l’ouvrage fut sélectionné, on se demande sur quel critère sinon celui d’exister au bon moment, pour être représenté au prix littéraire des Collégiens), j’avoue mon extrême perplexité devant un objet littéraire qui affiche si pompeusement, et jusque dans son titre, sa prétention à faire comme tout le monde, en même temps que comme personne. Ce n’est pas dans la jeunesse de son auteur, dans son inexpérience qu’il faut chercher cette impression d’adolescence qui transpire de chaque page. C’est bien du côté de cette contradiction fondatrice, hystérique à souhait et déplaisante comme un caprice de petite fille gâtée. La narratrice assène ses banalités (puisque c’est ainsi qu’elles le font toutes) en les habillant des oripeaux prétentieux de l’audace, rabattue misérablement sur quelques coïts recuits et quelques gueules de bois navrantes. Je ne sais quoi ajouter sur l’éloquente superficialité de toute cette histoire, dont les bribes glamoureuses nous parviennent sans entrain.
L’argument est sinon autobiographique, du moins auto-fictionnel (un genre un peu case-gueule, mais tellement vendeur) et relate (tenez-vous bien, du jamais vu par les temps qui courent) les amours bisexuelles d’une jeune étudiante en médecine entre Montréal et Paris. Il semble que Clara Ness ait eu l’intention de faire passer son absence totale de maîtrise diégétique sur le dos de ses écrivains admirés, dont on remarquera qu’elle les utilise sans les mentionner (s’imagine t-elle faire partie d’un même corps?) notamment ce pauvre Rimbaud, dont Clara endosse la toison à bon compte. L’usage de l’ellipse lui est emprunté, je présume, mais chez notre romancière, elle n’est pas court-circuit électrique vers l’ailleurs, elle est disgrâce formelle et c’est à peu près tout. Je terminerai avec cette citation tirée du livre, qui en dit long sur l’hypocrisie de son auteure ou sur son inconscience (personnellement j’y vois une ultime manipulation) :
«Tu as lu ça? C'est le dernier truc de littérature féminine. Encore. De la Jeune-Fille à l'état brut. Chaque fois, c'est la même chose : elles mêlent leurs souvenirs personnels à l'Histoire. Incapables de se contenter d'une fiction. On croirait lire leurs journaux intimes, c'est d'un ennui…»
Elle ne croit pas si bien dire…
Mandelstam