Arts de la scène
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 Un Batman de l´édredon.

C´est le profil de Phil, le meilleur ami de Mathieu, héros de Presto. Geneviève dit aussi de lui qu´il est un «player». Charmant portrait, n´est-ce pas ? Hélas, il ressemble beaucoup à l´impression que l´on a en sortant de ce court spectacle : superficiel. 
La langue est pauvre, constellée de ces expressions populaires qui charment l´oreille mais qui n´ont pas grand chose à faire dans un texte théâtral. Les dialogues se veulent drôles mais ils sont criants de cette vérité que l´on n´aime pas toujours entendre. Imaginez : vous êtes une jeune fille enthousiaste ou un meilleur ami rentré fraîchement de Paris où votre charme exotique a fait, selon vos dires,  des ravages, et vous vous rendez compte petit à petit que votre ami s´éloigne de vous et se referme sur lui-même. Il est tombé amoureux d´une image, photographie d´une fille (Julie) prise par hasard sur une terrasse de café qu´il hante désormais.
Bref, l´histoire d´une déchéance qui n´arrive pas qu´aux autres nous est proposée sans grande profondeur. Aucune réflexion ne vient élever le caractère anecdotique de l´affaire. De vieux procédés techniques nous font comprendre que le temps passe : immobilité des acteurs et augmentation du volume sonore de la musique marquent ainsi une chronologie de fait divers. Faut-il croire que l´auteur et metteur en scène, Marc-André Girard, n´a pas trouvé mieux pour rendre sa prose plus vivante ? Ce choix correspond dramatiquement au ton général de la pièce.
Quel dommage de voir le polyvalent et talentueux Stéphan Allard (François, fiancé de Julie) se compromettre dans cette aventure

Posté dans Arts de la scène par Le Chanut Solaire le 01.05.06 à 14:59 - 0 commentaire

Une véritable leçon de théologie morale.

Réputée difficile à monter, la pièce Axël de Villiers de l´Isle Adam était sur la scène du théâtre Prospero en février dernier. Beau défi qui n´a pas été concluant si l´on en croit le nombre de personnes qui ont quitté la salle au changement de personnages.
Un majestueux évêque fait la leçon à une postulante dans un couvent improbable. Son prône convoque tous les grands auteurs de la patristique latine et assène ses arguments avec la rigueur d´un grand inquisiteur médiéval en faveur de son oblation totale à l´amour divin qui l´attire comme un aimant.  Mais la religieuse modestement installée près de lui ne dit mot. Il faut attendre un autre tableau, une autre confrontation pour qu´elle hurle un «NON» puissant et déterminé, libérateur et virginal. L´autre face-à-face réunit deux hommes supposément amis qui finissent par se quereller jusqu´à l´affrontement mortel final après le même refus de la contrainte et de l´ordre. Les deux personnages anti-conformistes se retrouvent mais sont dans l´incapacité de partager quoi que ce soit dans cette logique de l´évitement comme si la fatum ou quelque autre démiurge (Faust ?) les condamnaient à se croiser sans se voir. A chaque fois, la distance s´installe dans ce théâtre symboliste. Les événements ne sont pas vécus mais rapportés par ceux-là mêmes qui les ont vécus : la distanciation est le maître-mot de cette gageure. Les acteurs, remarquables, accentuent par leur diction saccadée et solennelle, le côté différé de la représentation ; ce qui peut susciter, comme chez mon voisin immédiat, une incontrôlable agitation et le désir effréné de partir. La rupture des rythmes chronologiques - la scène et l´acte sont sans doute des concepts bourgeois dépassés, en tous les cas inadaptés au «Faust français» qu´est Axël - et des repères spatiaux ainsi que l´inexistence du décor contribuent encore à créer un malaise presque existentiel et à perdre le spectateur qui ne comprend plus le sens de ce qu´il voit.
Condamner l´aliénation par le biais de l´obscure clarté du symbolisme tout esthétique qu´il soit relève tout de même d´un paradoxe peu accessible. Vraiment si la pièce est immontable, pourquoi ne pas suivre ce conseil et tenter le diable ?   

Posté dans Arts de la scène par Le Chanut Solaire le 01.05.06 à 14:49 - 0 commentaire

bilde.jpgDouillet et réconfortant

C’est toujours au cours de petits spectacles que la magie semble s’opérer en moi. Éloigné des théâtres depuis un petit bout de temps, je me forçai à sortir en pleine période d’intras (si vous voulez tout savoir). L’affiche était prometteuse : elle réunissait des grands noms du théâtre québécois : Vincent Champoux et Édith Paquet, qui interprètent un couple gagnant d’un reality-show. On note aussi la présence de Pierre Curzi, inoubliablement poilant dans les Invasions Barbares.
        La pièce en tant que telle constitue un excellent divertissement. Loin d’inventer l’eau chaude, Vincent Champoux nous présente sa vision du bonheur contemporain, avec une grosse touche de cynisme. Le côté imprévu de chaque représentation, avec l’ « acteur invité », ne fait qu’ajouter au charme de cette excellente pièce. C’est donc avec ma bénédiction que vous irez au théâtre de chambre pour votre prochaine sortie

du 2 au 19 février 2006 au Théâtre de Chambre, salle Jean-Claude Germain du théâtre d'Aujourd'hui

Posté dans Arts de la scène par Stoubidou le 19.02.06 à 03:15 - 1 commentaire

house_of_no_more.jpgProfond comme une image...

Sur la scène, trois caméras et trois écrans. Devant les caméras, les comédiens jouent tandis que leur image est projetée sur l’un des écrans. Le montage se fait en direct, devant nous, grâce aux acteurs qui sont aussi accessoiristes. La production se veut un étrange et indescriptible télé-théâtre. Un peu comme dans Mulholland Drive de Lynch, chaque personnage est joué par différents acteurs, et les récits se dédoublent et se télescopent jusqu’à nous perdre dans le dédale ainsi créé. Il est assez divertissant de voir l’image sur l’écran – le produit fini bien qu’assez grossièrement – et, simultanément, les acteurs qui la produisent à l’aide d’accessoires parfois ridicules. Cela dit, si la forme est vivante et créative, les personnages et le propos de cette pièce sont plutôt décevants. Les représentations les plus communes du monde moderne américain s’y retrouvent en doses extra-fortes : sexualité débridée, violence gratuite, obsession de l’image et délire médiatique. Bien qu’il y ait cohérence entre ce jeu de projections et l’univers créé par la télévision, on souhaiterait qu’une forme aussi inventive serve un récit moins délirant et un sujet moins usité.

De la compagnie new-yorkaise Big Art group
Du 16 au 18 février à l’Usine C

Sophie G.

Posté dans Arts de la scène par Mandelstam le 19.02.06 à 02:45 - 0 commentaire

060217meurtres_hors_champs_n.jpgEngagé mais dérangeant.

 Le théâtre contemporain a traversé une phase sombre et violente, flirtant avec l´absurde, à partir des années 1980, en France en particulier. L´Espace Go montre en ce moment un des auteurs reconnus de cette tendance, Eugène Durif qui utilise l´écriture et la scène comme l´exutoire de ses angoisses et de ses pulsions de haine et de violence. Comme c´est difficile et déprimant pour les spectateurs !
Le décor est expressif et désincarné : des cintres pendent et, sur eux, des robes d´été démodées puis un tas de guenilles, de vêtements chiffonnés sur lesquels se vautrent les acteurs à plusieurs reprises. Bien sûr, cette mise en scène est supposée représenter le chaos et plus précisément celui de la guerre. Les dialogues, ponctués de propos sexuels («pine rouge» d´un chien censée pénétrer une jeune fille malmenée par la vie, «
sucer»,...) n´ont  ni queue ni tête et ne contribuent absolument pas à rendre compréhensible une intrigue improbable. Cette impression est renforcée par de fréquents éblouissements dus aux phares d´une automobile, aveuglant Oreste et Pylade (sic!) dont les yeux sont réhaussés de khôl noir à la mode gothique ; voiture de laquelle sort une femme visiblement amochée. Mais sans doute n´y a-t-il rien à comprendre si ce n´est le désespoir et l´instinct de survie des êtres humains quel que soit le degré de leur avilissement.
Résumons donc la double inspiration : la guerre et, en l´espèce, celle de l´ex-Yougoslavie dans les années 1990, et la tragédie antique avec l´obsession de fond que nos deux héros viennent commettre un meurtre (tuer
Clytemnestre, souvenez-vous).  La performance des acteurs est remarquable, en particulier celle de Paul Savoie (l´amoureux éconduit dans La Promesse de l´aube) que nous appellerons le narrateur et qui tisse une sorte de lien obscur et primordial entre les personnages, tout en faisant des intrusions dans leur propre interprétation, à mi-chemin entre le coryphée et le directeur de la troupe. 
Cette forme d´engagement et de thérapie a fortement vieilli - je la croyais d´ailleurs disparue - et fait peser sur le public une atmosphère de plomb comme une prise en otage sans que l´on se sente concerné à défaut de coupable.

Posté dans Arts de la scène par Le Chanut Solaire le 19.02.06 à 00:03 - 7 commentaires

da_pigeons_2005.jpgTemps perdu

La production Lost pigeons de David Pressault aborde la question, peu originale mais tellement universelle, des relations amoureuses. Le propos, lourdement illustré par des symboles nombreux et peu subtils, est clair et franchement prévisible; le thème n’est aucunement revisité. On dirait une démonstration, étape par étape, des conséquences néfastes, bien connues, des désordres amoureux. Les pigeons roucoulent d’abord puis se tiraillent, s’aveuglent, se manipulent, se heurtent, etc. En fait, il s’agit d’une chorégraphie parfaite pour ceux qui tiennent à comprendre le sens précis d’une oeuvre et sont déroutés par le côté souvent abstrait de la danse. Si vous n’êtes pas de ceux-là, vous risquez fort d’être déçu par cette production. Cela dit, les danseurs dansent bien et la trame musicale (d’Erwin Vann) est plutôt intéressante; malheureusement, ces qualités n’ont pas suffit à me faire oublier les longueurs et à dissiper l’impression de perdre mon temps.

du 1 au 4 février au Monument National...

 Sophie G

Posté dans Arts de la scène par Mandelstam le 18.02.06 à 18:36 - 0 commentaire

th_promesse_2003.jpg

Promesse tenue...

La langue est magnifique et donnerait des complexes à ceux qui, de nos jours, se piquent d´écrire. Elle est servie, il est vrai, par de grands artistes.
L´idée de produire sur scène trois Romain Gary à différents âges n´est pas neuve mais sert admirablement l´intrigue autobiographique. Le petit garçon se débrouille très bien avec un texte parfois subtil et difficile. L´on ne sait s´il est gauche par timidité ou par un immense respect du monde des adultes, que l´on attribue à un enfant slave en 1920. Ils sont deux à jouer ce rôle en alternance. L´homme jeune manifeste la force que l´on suppose à un notre héros d´origine russe et enveloppé de mystères. Il s´exprime avec détermination et nous fixe d´un regard décidé comme si l´avenir s´ouvrait devant lui avec des oeillades de demi-mondaine. Seul le narrateur, Gary d´âge mûr, est moins convaincant mais c´est le rôle le plus endurant avec celui qui brille comme un astre dans un ciel  étoilé, celui de la mère, rendu avec une véracité, une aisance et une conviction rarement à l´honneur sur les planches montréalaises de cette saison théâtrale. Madame Lachapelle est une grande dame qui habite son personnage de l´intérieur et le fait vivre passionnément, à la russe si l´on osait. Elle campe le personnage maternel d´une ancienne actrice juive, envahissante et sacrifiée aux ambitions qu´elle attribue à son fils avec une présence saisissante. Dès lors, le spectateur est transporté d´abord dans cette Lituanie fragile des lendemains de la Première Guerre mondiale, puis à Nice, où la mère du narrateur se ruine la santé pour faire de son fils adoré un ambassadeur ou un écrivain. Rien n´échappe alors au metteur en scène, André Mélançon qui signe là une fort belle adaptation d´un roman au théâtre et qui sait rendre bouleversantes les attentions réciproques de ce couple de fortune : le jeune Romain dissimule son échec dans l´armée de l´air à celle qui lui fera envoyer pendant toute la guerre - la Seconde, cette fois - par une amie, après sa propre mort, des lettres admiratives et encourageantes.  
Demeure une énigme fort anodine - voire très secondaire - mais intriguant le spectateur : les acteurs se déplacent constamment pieds nus sur du sable qui évoque à merveille la Riviera colonisée par les Russes exilés où s´installèrent Romuschka et sa mère. Mais si ce parti pris scénique n´apporte rien de plus que la fragilité, fragilité si présente dans La Promesse  de l´aube associée à la vie humaine, il n´est pas toujours non plus adapté aux situations décrites, ce qui nous rappelle que nous sommes au théâtre et dans une perspective très contemporaine. La force de l´écriture réussit cependant à dépasser les contingences de la mise en scène et transporte le public dans une béatitude toute religieuse. La délicatesse du récit est palpable dans chacune des scènes ; en particulier dans celle de la cour timide que fait ce voyageur de passage à la mère du héros et qu´elle repousse avec la dignité d´une impératrice douairière. Toute l´âme slave se livre à nos yeux et à nos oreilles à travers ce rapport presque oedipien entre une mère et son fils, qu´elle adore, qu´elle pare de toutes les qualités, auquel elle promet un avenir radieux et munificent et qu´il admire infiniment dans la conscience qu´il a de son effacement. La douceur du sacrifice nous surprend et nous ramène à d´antiques croyances qui régissaient hier encore le monde des humains. 
Ce spectacle rend ses lettres de noblesse à un écrivain oublié, à un poète maudit qui, un jour de 1980, mit un terme à une existence flamboyante. Il est donc urgent d´aller, toute affaire cessante, contempler la beauté à l´état pur.
Le Chanut solaire.

Du 10 janvier au 4 Février à l'Espace Go

Posté dans Arts de la scène par Mandelstam le 31.01.06 à 11:57 - 7 commentaires

britannicus.jpgAh, les joies des Premières presse! Tout ce beau monde, fatigué de sa semaine, qui vient au théâtre comme il va au turbin avec la même tête d’enterrement blasée, coiffée de sa raie de snobisme! Remarquez, je n’ai rien à dire, parce que pendant toute la durée du spectacle, j’ai médité l’étranglement de ma très jeune voisine qui associait les délices pervers du reniflage et du machonnage, les deux mamelles de la rébellion passive des adolescents qu’on traîne au théâtre. En ce sens, j’ai bien dû faire une tête d’enterrement moi aussi, couvée de l’œil rigolard de mon compagnon qui connaît mon aversion maladive pour les petits bruits parasites. Folledingue? Oui. Assumée.
Revenons à nos moutons, et je ne parle pas seulement des boucles affolantes de Maxime Dénommé.
Un mot d’abord sur le décor, qui m’a paru très intéressant de part son caractère volontairement fortuit. Tout était situé dans une sorte de coulisse _l’ancien cinéma de la place nous a t-on précisé dès avant l’entrée en matière_ avec sortie de secours (en guise de sortie côté jardin!), plafonds salis, tâches suspectes et radiateurs mal peints…sur lesquels, seules traces réelles du passage d’un décorateur, trônent trois statuettes aux yeux bandés, figurant les morts à venir et supports des fureurs de l’empereur défait.
 Sur le sol, un tapis d’éclats de verres à différents stades de leur fracassement, est là pour nous rappeler cet avenir (« lu dans le cristal d’une carafe ») tranchant et incertain comme les décisions d’un Néron vacillant dans une santé morale ébréchée. Par un glissement métaphorique, on y lira le souci de soutenir la transparence du vers racinien, son évidence et sa pureté, dans un dispositif dépouillé à l’extrême, qui permet à la scène de devenir la chambre d’écho de passions résonnantes. Agrippine (Dominique Quesnel, impressionnante) est bien le monstre de la maternité blessée imaginé par Racine, tenant tête à un Néron (Benoît McGinnis, en junkie amoureux) au leitmotiv rampant, inquiétant face aux déferlements de ses propres démons. Britannicus (Maxime Dénommé, troublant comme un adolescent de Pasolini) est confondant de jeunesse et de virginité.
Un seul mystère, que mon mari et moi-même ne sommes pas parvenus à élucider, celui du choix des chaussures. Un détail certes, mais qui tend ici à transformer discrètement Néron en Joe Dalton et Britannicus en maquereau marseillais (discrètement j’ai dit). Que dire des running shoes de Junie (« dans le simple appareil d’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil » dois-je le souligner…)? Comme quoi il existe bien aussi, Roland Barthes nous en avait prévenus, une maladie des chaussures de théâtre…

Mandelstam

Britannicus, de Jean Racine, mise en scène de Martin Faucher, du 25 janvier au 17 février 2006 au Théâtre Denise-Pelletier

Posté dans Arts de la scène par Mandelstam le 31.01.06 à 11:28 - 4 commentaires
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Une pièce vide comme une théière...
«Les os craquent d´ennui», comme le dit l´une des cinquante femmes présentes sur scène. Sait-elle combien elle a raison ? Belle performance et ancien désir de Brigitte Haentjens qui les dirige. Mais l´effet n´est pas à la mesure de l´envie créatrice. Deux, mais bien choisies, étaient largement suffisantes pour les paroles assénées d´abord. Les spectateurs, ou plus vraisemblablement les spectatrices, n´échappent pas à tous les poncifs sur le sujet. Exemple : moi, sa fille, je n´imagine pas ma mère ayant des relations sexuelles et, elle, ma mère, ne m´imagine pas, moi, sa fille devenue femme, dans les mêmes dispositions. D´autre part, cela évitait ces sortes de migrations sur la scène, par ailleurs absolument vide, les bras levés au ciel, où les corps décrivent un cercle imparfait ou bien suivent une trajectoire rectiligne comme une armée rangée en ordre de bataille.
Toutes ces femmes représentent la condition féminine comme l´on disait dans les années 70. Il y a là une volonté holistique, globale, universelle en réunissant de jeunes femmes accortes - selon les commentaires de mon voisin -, des femmes jeunes, des matrones, de respectables vieilles dames, des grandes et des petites, des minces et des femmes plus en chair, des brunes, des blondes et des rousses et même une future maman. Heureusement les tenues vestimentaires tiennent compte de l´irréparable outrage des ans. 
Que nous disent-elles ? Imaginons un instant que Marguerite Duras et Jean Genet ait eu, par un hasard dont la vie a le secret, une fille et que, pour notre malheur, elle se soit piquée d´écrire. Cet écrivain-là est donc notre auteur. Souvent, les paroles, assez rares, qui s´échappent de leurs bouches plus ou moins maquillées et charnues déversent des considérations banales et comparent à plusieurs reprises le ventre vide de leur mère à la théière qui est censée trôner sur une table virtuelle à laquelle elles nous disent que se trouve installée la mère, vidant sa tasse. Ne disons rien de la scène où les cinquante actrices miment l´accouchement qualifié de supplice.
La pièce est donc aussi un engagement comme le laisse supposer la généalogie putative. Là aussi, hélas, nous passons à côté d´un apport sociologique intéressant. Les rapports mère/fille qui, vous l´aurez compris, était le sujet rebattu de notre affaire ne résiste pas aux travers décrits ici. Même l´inversion convenue où des jeunes figurent les mères de plus âgées ne fait pas renaître un intérêt soutenu pour ce long spectacle d´une heure et demie.  Cependant, le titre - Tout comme elle - nous prévenait assez qu´elles sont pareilles, les mères et les filles, et qu´elles s´opposent pour mieux ensuite se ressembler dans l´atavique comportement maternel. Et celles qui n´ont pas d´enfant ? La pièce, pourtant pas marquée au sceau du conservatisme, n´en dit mot. Et les rapports père/fils, c´est pour bientôt ?
Le clou reste quand même la phrase finale dite avec conviction et humour par la grande Janine Sutto mais de laquelle elle ne parvient pas à effacer le caractère déplacé. Allez-y et vous comprendrez.

du 17 au 28 Janvier, prolongation jusqu'au 11 Février à l'Usine C
Le Chanut solaire.

Posté dans Arts de la scène par Mandelstam le 28.01.06 à 17:57 - 2 commentaires

th_malade_2004_1.jpgMardi dernier, c’était la première publique au TNM d’une énième version du Malade imaginaire, une première à laquelle nous allâmes tous autant que nous sommes, sinon à contrecœur du moins à reculons. Précisons pour notre défense que les dernières productions du TNM nous avaient paru particulièrement pénibles, boursouflées, et pleine de la morgue des dominants subventionnés de la culture.
Ce mardi donc, c’est avec un bonheur entier _partagé avec toute la salle m’a t-il semblé_ et avec le vague sentiment de mon ramollissement critique (je sais pas, la vieillesse peut-être…) que nous consommâmes notre réconciliation joviale et effusive, autour d’une production charmante et implacablement drôle, pleine d’inventivité et d’humilité. Comme après une brouille on a tendance à passer l’éponge sur tout ce qui pourrait effleurer de ses cornes la joie du moment,  j’ai même été charmée par le prologue (il faut dire que les petites culottes de Pan des danseurs aidaient à l’envoûtement) et par les intermèdes musicaux qui restituent les plaisirs dorés et sautillants de la cour version pré-Maintenon. En écoutant Radio Canada le lendemain, figurez-vous que j’étais d’accord avec eux (!) : les Diafoirus étaient sublimes, Toinette (Montpetit enfin dans son registre) étourdissante, Argan (Alain Zouvi en pétomane nuancé) particulièrement subtil. Tous les postes sont tenus avec cette homogénéité attachante, si propre à la Comedia dell’arte, dont on retrouve ci et là les masques et les sobres ornements efficaces. Le final, en latin de cour de récré, vaut son pesant de cacahuètes, et on part ravi, en méditant sur le génie collectif de la troupe qui nous permet de revenir aux sources les plus pures du divertissement.
Le Canadien de Montréal puisse t-il en prendre de la graine!

Mandelstam

Posté dans Arts de la scène par Mandelstam le 28.01.06 à 16:16 - 1 commentaire
Sans_titre.bmp Une scénographie originale pour cette nouvelle création de Dominique Porte à l’Agora, et qui porte bien son nom : Exit.

En effet, les spectateurs n’occupent pas leurs sièges habituels mais les trois côtés de la scène qu’ils partagent avec les danseurs. Mais qui sont sur les gradins? Les danseurs qui évoluent sur les deux espaces et en haut les musiciens de l’Ensemble contemporain de Montréal.
Le vide est donc omniprésent d’autant plus qu’en face des spectateurs (côté cour et jardin), la projection d’autres gradins montrent des ‘’spectateurs’’ emplissant l’espace ou le désertant. Dans ce jeu de miroirs et proches des danseurs, on se sent happé par cette tension entre le vide et le plein, la présence et l’absence. Le spectateur devient intime de ce fragile espace, point de rupture entre équilibre et déséquilibre.
Les corps des quatre danseurs semblent aussi être sur un fil et expriment le désordre et le chaos par des mouvements fragmentés et saccadés à l’image de l’espace, comme s’ils voulaient sortir d’eux-mêmes ou cherchaient à retrouver un lieu d’ancrage pourtant sans cesse décentré.
La scénographie donne donc sens à la performance des danseurs, et à la musique qui y est intimement liée. Et si la difficulté de communiquer (être absent et présent aux autres comme à soi-même) est ici mis en scène, tous les éléments du spectacle se répondent de manière très pertinente.
Pourtant, si je suis entrée complètement dans le spectacle, j’ai décroché lors de la troisième partie que j’ai trouvé remplie de temps morts…à moins, comme cela m’a été suggéré, que j’ai du mal à voir des corps en souffrance…ou la peur du vide. Framboise

Spectacle présenté au Studio de l’Agora de la danse, du 18 au 21 janvier et du 26 au 28
Posté dans Arts de la scène par Mandelstam le 24.01.06 à 04:29 - 0 commentaire

Ferdydurke_index.jpgLe théâtre Prospero présente, ces jours-ci, une adaptation de Ferdydurke, le roman de Witold Gombrowicz paru à Varsovie en 1937. Il s’agit en fait d’une reprise, puisque la pièce avait déjà été présentée il y a un peu plus d’un an. L’adaptation et la mise en scène sont de Carmen Jolin. L’oeuvre, sous des dehors fantaisistes et parfois, franchement absurdes, pose un regard lucide sur les relations entre les hommes, et propose une critique sociale originale et universelle. L’adaptation est un bon condensé du roman; Carmen Jolin a su en préserver l’humour si particulier, tellement caustique. Si la pièce présente quelques longueurs, elle m’a tout de même paru plus digeste que le roman, qui n’est pas d’une lecture facile. Le jeu des acteurs est équilibré; énergique sans être hystérique. L’aspect tout à fait caricatural des personnages créés par l’auteur polonais est bien rendu. Les tiques et mimiques font partie inhérente de l’oeuvre et les acteurs, qui s’en donnent à coeur joie, proposent en ce sens une étonnante performance. L’un des moments forts de la pièce est d’ailleurs un concours de grimaces auxquels se livrent deux des personnages (l’un incarné par Frédéric Lavallée et l’autre par Vincent Magnat), une scène dont l’humour tout à fait burlesque évite le grotesque. La simplicité du décor permet un usage assez inventif des accessoires et met en valeur le côté imaginatif et délirant du texte. Bref, le propos de Gombrowicz est fort bien servi par cette adaptation; tout concourt à en faire une pièce à la fois drôle, profonde et déstabilisante.

Sophie G

Posté dans Arts de la scène par Mandelstam le 21.01.06 à 17:50 - 0 commentaire

th_antigone_1948.jpgTout est bien qui finit bien.

Une passerelle métallique s´abaisse progressivement vers une scène plutôt rectangulaire et tendue de rouge quelques minutes après le dialogue entre Antigone et Ismène où la première tente de rallier la seconde à sa décision de donner à leur frère une sépulture. Elle conduit à un espace presque vide où gît un fauteuil renversé, sans doute la métaphore du pouvoir bousculé de Créon qui ne sort guère de l´espace ainsi délimité. Voici qu´il descend, accompagné de la reine, et redresse le siège tout en rappelant son décret tout récent interdisant, malgré les lois sacrées du dieu des morts, d´enterrer le traître Polynice qui a porté le fer contre sa propre cité de Thèbes. Les notables, vieux acteurs en costume ocre, l´écoutent avec crainte et acquiescent  de peur de subir les premiers la vindicte du chef en complet gris. Créon est caricatural pour bien faire comprendre aux spectateurs qu´il a tort de s´opposer, par son décret, au culte des morts, de confondre les deux soeurs dans une même culpabilité et de s´obstiner face aux malheurs qui s´abattent sur sa ville et aux prédictions de Tirésias, devin aussi fameux qu´infaillible, présent dans de nombreuses tragédies antiques mais ici curieusement vêtu d´une sorte de robe de mariée qui enserre le haut de son corps tel un bustier un peu démodé. Quand va-t-on cesser de nous infliger ce minimalisme du décor et cette vision totalitaire des costumes ?

Les dialogues s´étirent et les répliques sont souvent espacées comme si les acteurs cherchaient leur texte alors qu´ils souhaitent naturellement donner plus de profondeur à ce qu´ils ont à dire. Antigone ne semble pas la trouver tant ses cris de désespoir ressemblent à des hurlements poussés d´une voix trop aiguë. Sa fougue traduit mal un caractère marqué au fer brûlant de la lourde hérédité de la fille d´Oedipe. Ismène, l´autre fille de Jocaste, s´efface tout naturellement devant la détermination de sa soeur. Mais la reine Eurydice, qui aurait pu prendre une place de choix dans cette adaptation, reste une ombre aux côtés de son époux et n´ouvre la bouche qu´au moment du grand malheur qui parle à ses entrailles de mère, le suicide de son fils Hémon. Les atermoiements du rythme général de la représentation sont confortés par une entêtante musique pseudo orientale qui symbolise les changements d´acte et introduit une chorégraphie aussi invisible qu´inutile dans le déroulement de l´intrigue. Antigone braille certes, mais le choix de tout metteur en scène est cornélien : faut-il engager une actrice chevronnée et forcément plus âgée que l´héroïne ou bien respecter ce critère fondamental de la jeunesse du personnage central et se retrouver avec une créature à la colère artificielle ? Hémon rencontre le même dilemme : peu convaincant en fils révolté, il demeure légitimement tout à fait pâlot face à la figure paternelle.

Il en résulte cependant une pièce fort honorable où l´intensité dramatique si elle n´est pas à son comble réussit tout de même à nous faire oublier les presque deux heures que dure le spectacle (sans entracte !). D´un point de vue du texte, on s´en tire plutôt bien aussi : la traduction de Seamus Heaney est travaillée et l´adaptation n´est pas si mauvaise. L´essentiel demeure : Antigone a raison et toute la pièce est construite pour nous le signifier. Les costumes affublent les méchants de tenues idoines. Le prophète aveugle dénonce la cécité obtuse du tyran et son orgueil démesuré qui en est la cause. Seule, la fidèle Antigone brave le décret du prince pour honorer la loi que ses pères ont héritée des dieux, et, pour cela, à lui supérieure. A l´antique, la vérité éclate trop tard et dénonce les défauts intemporels des sociétés humaines : la servilité des peuples et la rouerie des princes.

Le Chanut solaire.

Le TNM: www.tnm.qc.ca
pièce produite du 22 novembre au 17 décembre 2005

Posté dans Arts de la scène par Mandelstam le 20.12.05 à 13:18 - 10 commentaires
Où il est question de rencontres spontanées Les parfums, les couleurs et les sons se répondent’’, disait le poète. C’est en effet à une performance poétique que nous ont conviés Les constellations dynamiques, faisant vibrer et se télescoper images, musique, danse et théâtre. Une symphonie visuelle et auditive, une expérience collective, dans laquelle chaque geste ou objet unique trouve sa place de même que le spectateur.
Les images défilent, se complètent, se superposent sur trois écrans, jouent de leurs résonances, des attractions qu’elles tissent entre elles, rapides, légères ou nous invitant à la réflexion. Nous traversons nombre de pays et d’atmosphères, nous suivons un chemin de rencontres chaotiques et la magie opère, il suffit de se laisser happer.
La performance de la danseuse et le jeu des musiciens font écho à l’élément vidéographique et donnent à l’ensemble sa cohésion poétique.
Peut-être trop d’éléments à saisir (un seul écran aurait donné, il me semble, plus de force au spectacle), mais je me suis laissée subjuguée et ensorcelée par cette mouvance de relations, cette collision d’instants que semble mener une liberté d’improvisation, une spontanéité et une légèreté contagieuses. Liberté particulièrement mise en valeur par le jeu des musiciens et résonances magnifiées par la performance de Chanti Wadge.

Comme le dit Johnny Ranger, le créateur du spectacle ‘’C’est un moment présent qui reçoit sans attendre’’ . Par Framboise, contente !
Posté dans Arts de la scène par Mandelstam le 20.12.05 à 01:39 - 0 commentaire
Les constellations, pour faire vite, ce sont les différents éléments (sonores, visuels…) qui se regroupent selon différents facteurs (affinités, « attirances énergétiques »…). Ce que Johny Ranger propose, c’est donc une fusion de tous les arts dans le but de fournir un spectacle total. Le spectateur devrait donc être ébahi par l’esthétique admirable de la performance, qui mêle à la fois son, image, vidéo et danse. Il n’en est rien.
En effet, tout cela n’est que de la poudre aux yeux, et l’on est très vite frappé par l’impertinence de la démarche, qui vise à célébrer l’avènement d’une culture monde ainsi que le métissage universel. Le thème qui fait penser, enfin de compte, à un sujet de dessin d’enfant de maternelle.
Les Constellations Dynamiques est donc une œuvre extrêmement intéressante, du fait qu’elle expose avec brio de quelle manière un artiste (puisqu’il faut l’appeler ainsi) en manque d’idées en surtout en manque d’argent réussit à escroquer, par le biais d’un
design séduisant, le spectateur non-avisé. Stoobidou, pas content.

Spectacle produit les 1-2 et 3 Décembre 2005 à la S.A.T., la société des arts technologiques. Le site de la SAT: www.sat.qc.ca

Posté dans Arts de la scène par Mandelstam le 15.12.05 à 21:11 - 8 commentaires

LA_FAMILLE_SE_CR__E_EN_COPULANT___30_NOVEMBRE_AU_4_D__CEMBRE.jpgTrois personnages en quête de famille. Et si on bousculait les tabous tout en bousculant la représentation théâtrale? C’est ce que propose la pièce La famille se crée en copulant de Jacob Wren, en livrant au spectateur une réflexion sur la pertinence d’avoir des enfants vu que le monde d’aujourd’hui n’est pas d’une douceur exemplaire, ni les parents non plus d’ailleurs…bref dans ce monde imparfait et dans toute famille, imparfaite par définition, faut-il avoir des enfants ou pas?

Nous suivons donc (et nous sommes parfois!), trois personnages :le père, la mère et la fille à travers quatre tableaux dans une sorte de jeu de rôles qui balaie des situations les plus quotidiennes aux plus troublantes en matière de relations au sein de la famille. Au fil de la pièce, la famille se découvre dans ses failles, ses non-dits, ses fonctionnements plus ou moins bien rôdés; les personnages se cherchent, s’écartèlent, se réconcilient finalement entre haine et amour. Car la famille se révèle une cellule formée d’êtres différents avec qui il faut bien composer, le père ainsi s’étonne de la morbidité de sa fille et de tout ce qui le sépare d’elle…mais c’est ainsi. Le décor est à l’image de ce chaos familial et les objets jouent à refléter à la fois l’éclatement et la cohésion des personnages. Objets du quotidien (table, chaises, balais, mètres à mesurer, verres en plastique, instruments de musique…) deviennent terrains de jeu, des crises, de déchirures ou de ré-unions, ils soulignent le décor et l’envers du décor. Les acteurs se déplacent dans cet espace fragmenté et jouent à ne pas jouer, nonchalamment, entre gravité et dérision car la pièce trace aussi la frontière ténue entre la vie et la mort (pas moins!), le sérieux et la légèreté et s’amuse de la remise en cause qu’elle provoque. Ainsi la troisième partie se compose d’un manifeste (lu par une voix numérisée) dans lequel les arguments pour nous convaincre de ne pas avoir d’enfants frôlent l’absurde. Plus que bousculé, le spectateur est ‘’décalé’’ dans ses certitudes car la pièce touche des zones d’ombre au-delà de celles mises en œuvre dans la cellule familiale; mise en scène, jeu des acteurs, chorégraphie, décor…tout est magnifiquement imbriqué pour nous déranger. Mais n’oublions pas : tout ceci est un jeu de rôles.

Texte et mise en scène Jacob Wren Production de PME en reprise à l’Usine C du 30 novembre au 4 décembre pme-art.ca

Posté dans Arts de la scène par Framboise le 10.12.05 à 14:59 - 0 commentaire

th_malade_1947.jpg«Tout m´afflige et me nuit et conspire à me nuire». Célèbre tirade de Phèdre dans la pièce éponyme de Racine que l´on peut entendre chaque soir au théâtre Denise-Pelletier, dans la bouche d´Angélique, la fille d´Argan, hypocondriaque convaincu. Curieux, non ?

Deux approches opposées s´offrent au public averti.

L´on s´attend d´abord à une énième version, forcément un peu lassante et sans doute très moderne du Malade imaginaire et l´on se trouve déçu par la grossièreté des artifices, par le déjà-vu de la cuvette trônant au milieu de la scène où Argan passe un certain temps pour illustrer fort lourdement les douze lavements prescrits par monsieur Purgon et, enfin, par la musique techno qui ponctue le passage d´un acte à l´autre.

L´on vient ensuite à penser qu´il s´agit d´autre chose, d´une adaptation - qui d´ailleurs de devrait pas s´appeler Le Malade imaginaire - où les acteurs utilisent,  judicieusement, des références à d´autres oeuvres du répertoire classique français, où l´actualité épidémiologique pénètre frontalement en la personne du notaire-coq (monsieur Bonnefoi) supposément atteint de la grippe aviaire, où l´interactivité avec la salle est circonscrite et de fort bon aloi.  

La performance physique des acteurs qui devient un critère contournable du théâtre contemporain et qui l´emporte souvent sur le texte, fait ici, avec lui, bon ménage. La diction - vieux concept réactionnaire - est digne des grandes heures de la diérèse à la Comédie-Française. Le rythme haletant respecte la respiration naturelle de l´oeuvre d´origine et répond finalement au ressort comique assigné par l´auteur avec un soupçon de commedia dell´arte.

 

Bref, il convient de saluer le remarquable travail d´équilibriste accompli par le metteur en scène, Daniel Paquette, et son équipe, dont l´iconoclasme reste somme toute mesuré.N´y cherchons pas une fidélité absolue à la lettre du texte de Molière mais profitons d´un moment drôle et rafraîchissant en en savourant l´esprit et  l´actualité intemporelle.

Le Chanut Solaire

Le Malade Imaginaire, de Molière, mise en scène de Daniel Paquette à la salle Fred Barry, du 15 novembre au 12 décembre 2005.

Site Officiel du théâtre Denise Pelletier: www.denise-pelletier.qc.ca

Posté dans Arts de la scène par Mandelstam le 09.12.05 à 16:39 - 1 commentaire

  avaler_la_mer.jpg  Avaler la mer et les poissons est une pièce de notre temps. L’histoire est celle de quatre personnages à la fois originaux et anonymes : Kiki (Sylvie Drapeau), une peintre contemporaine dont l’art fascine tout son entourage, mais qui ne peut trouver l’amour; sa « sœur choisie », Ariel (Isabelle Vincent), une idéaliste politique mariée à Jérôme (Daniel Gadouas), professeur d’université, qu’elle trompe avec Georges (Denis Bernard), chirurgien lui-même fasciné par l’art de Kiki,et qui finira par vivre une liaison passionnelle avec celle-ci.. 
    Dit comme cela, le canevas fait un peu vaudeville; pourtant Avaler la mer est bien plus qu’un remake de Labiche.

Le but est ici d’évoquer le deuil sous toutes ses formes, non sans une pointe de maladresse, avouons-le. En effet, Sylvie Drapeau semble avoir du mal à être fluide dans ses mouvements ainsi que dans son jeu, et l’on éprouve une certaine perplexité à la regarder évoluer sur scène. Il faut aussi noter quelques passages où l'ensemble tourne carrément au ridicule, je pense notamment à la scène de rencontre entre le « fantôme » de Jérôme et Kiki, dans laquelle ils se mettent à plaisanter sur le fait que Jérôme ne pourrait apparaître à sa femme sans que celle-ci se jette sur lui, tant il est séduisant, même en fantôme (sacré Jérôme va!).
    Mais la pièce dans son ensemble reste très séduisante, car les autres acteurs relèvent le niveau. Plus subtils, ils arrivent à mêler tragique et comique, rage et passion, ce qui permet de nous concentrer sur le contenu, très pertinent, de l’œuvre. Car enfin, on nous parle ici du vide que nous éprouvons tous face à notre condition mortelle. Certains choisissent de se détourner de cette angoisse par l’intermédiaire de l’art, de l’amour, ou encore de la politique. Mais ce ne sont que des moyens illusoires, et la pièce se termine sur la morale suivante : il faut une fois pour toute accepter la mort comme partie intégrante de notre existence, et non tenter de s’en détourner.
    Pour finir, quelques mots sur la mise-en-scène, irréprochable, qui utilise intelligemment l’espace restreint de la salle, grâce à un habile système de panneaux glissants et un décor et une bande-son agencés.
   

Stoobidou

du 18 octobre au 26 novembre 2005 au théâtre de la Licorne: www.theatrelalicorne.com

Posté dans Arts de la scène par Mandelstam le 22.11.05 à 02:13 - 16 commentaires

th_cloche.jpgDe Brigitte Haentjens, on avait vu à l’Usine C, en octobre 2004, Médée Matériau sur le magnifique texte de Heiner Müller où déjà se tendaient de manière transparente et fluide les problématiques liées à la féminité douloureuse, articulées autour des axes de la jalousie et de la cruauté, menstruelles et hystériques, insondables.
Il semble que cette production de la Cloche de verre, d’après le texte de Sylvia Plath, saisisse au vol le fil de ces engagements, un fil rouge que vient interrompre de manière abrupte le cri de la poétesse suicidée. On suit dans cette adaptation le personnage d’Esther (double poli et tranchant de Sylvia) sur une scène habillée d’une lumière rose de fourreau, habitée d’objets dérisoires (un canard en plastique, un verre d’eau bientôt brisé dont les éclats menacent les pieds nus de la comédienne, un livre qui sert parfois à d’improbables cours de maintien). Au fond, un four, divinité rentrée, tapie, nous rappelle la mort tragique et si désespérément recherchée par Sylvia, comme l’œil aveugle derrière les mots. Tout débute par l’exécution des Rosenberg, pour laquelle Esther ne cache pas sa fascination, puisque déjà il s’agit de « brûler tout le long de ses nerfs ». À l’époque, elle est à New York alors que, étudiante brillante, elle montre ses fêlures à d’autres jeunes filles qui comme elle ont gagné un concours de poésie (et de slogan publicitaire). C’est la première partie d’un trajet au coeur de l'Amérique puritaine, qui la mènera jusqu’à l’asile psychiâtrique, où l’attendent la trahison des électrochocs et la perte sanglante de sa virginité.
L’obsession gynécologique prend ici un éclat particulier, éclat de verre ou éclair, où l’univers de Sylvia Plath est tout entier compris. Brigitte Haentjens et Cécile Bonnier offrent une collaboration miraculeuse, rehaussée par un travail d’ombre et de lumière minutieux qui trace les contours d’une âme brisée, poète, totalement malade de sa féminité.

La Cloche de Verre a été créée en janvier 2004 au Théâtre de Quat’Sous, en collaboration avec Sibyllines, la compagnie de Brigitte Haentjens.
Le spectacle était repris le 16 novembre 2005 au Théâtre Outremont.

Site de Sibyllines : www.sibyllines.com
Site du Théâtre Outremont : www.theatreoutremont.ca
Site du Conseil des arts de Montréal : www.artsmontreal.org

Posté dans Arts de la scène par Mandelstam le 19.11.05 à 15:42 - 0 commentaire

th_ardente_1942.jpgL’adaptation théâtrale du roman d’Antonio Skarmeta, Une Ardente patience, à l’affiche au théâtre de Quat’sous cet automne (jusqu’au 12 novembre 2005), propose un intéressant mélange des genres.
L’univers romanesque de l’auteur chilien est préservé et le récit, transposé sur scène par Éric Jean, conserve sa force narrative. Le découpage en scènes très courtes impose à la pièce un rythme soutenu faisant écho aux nombreux bouleversements qui marquent la vie des personnages. Si le ton est parfois humoristique, il est surtout poétique : Neruda, incarné avec force par Jack Robitaille, est la figure principale de l’oeuvre. Ses poèmes sont récités et chantés, ses propos sur la poésie, constamment cités. Le jeu des autres acteurs n’est malheureusement pas aussi convaincant, frôlant d’un peu trop près la caricature.
Pourtant, on est touché par les personnages, on se laisse prendre par leur histoire grâce à une mise en scène, simple mais très habile, qui fait ressortir la puissance de l’oeuvre. Comme le roman, la pièce évoque d’une manière fort efficace les événements tragiques qui ont marqué le Chili il y a un peu plus de trente ans et souligne adroitement toute l’ampleur de ce double drame historique : le coup d’état du 11 septembre et la mort, quelques jours plus tard, de Pablo Neruda.

Le site du Théâtre de Quat'Sous : www.quatsous.com 
Sophie Guillemette

Posté dans Arts de la scène par Mandelstam le 19.11.05 à 15:30 - 1 commentaire
th_reines_1945.jpgPour écrire Les Reines, la dernière production théâtrale de Denis Marleau, présentée au Théâtre d’aujourd’hui, Normand Chaurette s’est inspiré du Richard III de Shakespeare : pendant que le roi Edouard se meurt, dans les coulisses, six femmes se mesurent et s’entre-déchirent.
Le texte est très beau, mais pour l’apprécier pleinement, mieux vaut l’avoir lu ou connaître un peu le contexte historique. Le destin de certaines de ces femmes est tragique et franchement cruel. Par exemple, la reine perd ses deux enfants, assassinés ; celle qui devait lui succéder retrouve le corps inerte de son mari dans un tonneau et la soeur du roi est réduite au silence par sa propre mère qui lui a fait couper les mains quand elle était enfant. La mise en scène est assez ingénieuse et rend bien les jeux de pouvoir et l’emprisonnement que vivent les personnages qui se déplacent d’un palier à l’autre ou se cachent derrière les cloisons. Elles se meuvent et s’affrontent comme les pièces d’un échiquier. Une tempête de neige fait rage, hors du château, habilement évoquée par les projections et la musique, conférant à la pièce encore plus de froideur.
Est-ce cet univers glacial ou le jeu des actrices, malheureusement inégal, qui fait que l’on est si peu touché par les événements tragiques se déroulant devant nous ? Tout distingue l’interprétation de Béatrice Picard, excellente en reine mère, de celle de Louise Laprade, étrangement désincarnée. Ces différences sont peut-être délibérées. L’effet créé est une distanciation entre les personnages mais aussi avec l’auditoire. Si cette oeuvre est exigeante et intéressante, elle est loin d’être bouleversante comme l’avait été Le Petit Köchel, autre pièce de Chaurette mise en scène par Marleau, au même théâtre, il y a quelques années.

Le site du théâtre d'Aujourd'hui : http://www.theatredaujourdhui.qc.ca/
Représentation du 1 er au 26 Novembre 2005
Sophie Guillemette

Posté dans Arts de la scène par Mandelstam le 18.11.05 à 03:21 - 0 commentaire

da_navas_1943.jpgLes Portable dances de José Navas, présentées à l’Agora de la danse, sont formées trois chorégraphies très dépouillées, sans costumes et sans décors : deux duos, un solo interprété par Navas lui-même, puis un trio. Les mouvements, dans les trois parties, sont si saccadés qu’ils forment en fait une longue série de postures différentes rappelant sans équivoque des formes géométriques. J’ai eu l’impression de me retrouver dans un tableau cubiste, la gestuelle ayant été décomposée et réduite à sa plus simple expression. On m’avait averti que Navas était esthétisant et narcissique : le solo, malgré son austérité, m’en a donné toute la mesure. Navas est arrivé sur scène le torse huilé : une machine parfaite formée de muscles et de tendons prenant devant les spectateurs différentes positions. Bref, un corps à l’oeuvre.
Les interprètes féminines, dans les deux autres parties, semblaient beaucoup moins assurées et leurs mouvements étaient plus simples, plus discrets. On aurait dit des « Stepford wives » s’appliquant à effectuer des gestes précis, chacune dans son coin. Voilà qui formait un spectacle froid et triste. Portable dances m’a fait comprendre ce que j’aime vraiment de la danse : les mouvements libres et fluïdes, les changements de rythme et les interactions entre les danseurs.

Le site de l'Agora de la danse : http://www.agoradanse.com
Sophie Guillemette

Posté dans Arts de la scène par Mandelstam le 06.11.05 à 17:11 - 2 commentaires

th_antoine_1942.jpgOù le spectateur assiste à une scène de ménage chantante, entre un Antoine qui perd ses cheveux et une Cleopâtre en mégère apprivoisée.

Le Shakespeare de Lewis Furey est bien une  « histoire de bruit », où de « pauvres histrions se pavanent et gesticulent ». Pourtant, j’aimerais préciser que mis à part ce point commun ténu , la production n’a rien à voir avec l’Antoine et Cléopâtre qu’un spectateur (par exemple un qui aurait payé sa place) est en droit d’attendre.
De gesticulations il est en effet beaucoup question dans la mise en scène. La gesticulation n’a cependant rien de tragique,  comme chez Shakespeare justement, elle est gesticulatoire, c’est tout. En cela, comment pourrait-on en vouloir à Lewis Furey, qui n’est certes pas inconnu dans la profession, et qui a clairement délimité son territoire dans les années antérieures? De fait, comme à l’accoutumée, on assiste à des chorégraphies tout droit sorties du moule publicitaire, genre cadres sup pressés juste assez dépoitraillés (un érotisme d’attaché-case entrouvert, ravissant!) qui font de petits bonds en chantant gaiement (mais souvent faux) « Antoine tu nous a trahis on aura ta peau ». L’Antoine, justement, vit nuit et jour en pyjama, c’est  plus pratique et son jeu oscille entre Joe Dalton et le Canal vie. J’ai eu du mal à suivre. Quant à Sylvie Moreau, pourtant diablement sexy d’habitude, elle est ici transformée en midinette revendicative (toute ressemblance avec une ado de quinze est-elle vraiment fortuite?). En tout cas, on guette le moment où elle va appeler sa mère à la rescousse. Pour conclure, on dira sobrement que Shakespeare est ici pris pour prétexte à une comédie musicale auto-promotionnelle où chaque comédien, détourné de son orbite, articule sa litanie à la gloire de son maître.

Posté dans Arts de la scène par Mandelstam le 29.10.05 à 17:24 - 0 commentaire

Où l'on sùrvole en compagnie d'une fée les recoins domestiques de la modernité selon Gertrude Stein...

th_fairy_1941.jpgAu lendemain de la représentation, sachez-le, j’ai longtemps continué ma méditation réjouie, entre deux éperlans frits et deux calmars en boulette au marché Jean Talon, sur le cas Cadiot-Lagarde, comme après un contact fugitif avec l’esprit amoureux de l’air.
 La pièce avait été présentée à Avignon en 2004, et paraissait à Montréal comme à mi-parcours de son ascension après La Colline et avant New York.
Cadiot, articule en poète cette improbable et fluide plongée (comme « plusieurs vents plongent ») dans le sillage grave et aérien d’une fée en visite chez Gertrude Stein. Reçue d’abord par Alice Toklas, cuisinière à moustache et madame folledingue collectionneuse, la Fée qui fut élégant courant d’air se fige dans la pose de l’écolière, et bientôt pressée comme les citrons du papier-peint, à la fois hologrammatiques et désuets, elle reçoit comme autant de camouflets, une leçon de modernité.
Tout y est d’ailleurs, historiquement exact, le space cake de Toklas, l’humour en forme de rose cubiste de Stein, jusqu’aux fêtes débridées, dont des figurants déguisés insinuent l’érotisme (pour ceux que ça intéresse, il y a même un stand « tribades », très lesbian chic, un peu cuit cependant). Reprenant courage, la Fée entame une performance cristalline sur l’amour, qu’elle relie au mythe autochtone amérindien, chorégraphie tendue sur un fil (ou plutôt perchée sur une table) où le vent des sapinaies se mêle aux cris de l’amante blessée.
Les comédiens, Valérie Dashwood en silhouette épurée, Philippe Duquesne en Stein fatiguée et Laurent Poitrenaux en Toklas toquée, habitent leur folie-douce avec une subtilité remarquable, qui éveille le soupçon de leur solitude. Le travail sur le son est admirable (cf dossier Le son mis en scène paru sur Flu, avec un entretien avec le musicien David Bichindaritz), comme à notre avis l’éclairage, qui accompagnent les mouvements de télescopage, dont Lagarde et Cadiot font leur motif récurrent : entre oral et fiction, mythe et modernité, masculin et féminin…

Le site de l'espace Go : www.espacego.com

MAJ 20.11.05 : Sur Fairy queen, lire aussi le  dossier Le Son mis en scène paru sur Flu :
- Extraits mp3 du spectacle 
- Entretien avec Ludovic Lagarde, metteur en scène
- Portrait de David Bichindaritz, ingénieur du son

Posté dans Arts de la scène par Mandelstam le 20.10.05 à 15:42 - 0 commentaire
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     Où l'on se prend une porte et une banane en attendant la suite...

Furies Alpha constitue la première partie d’une série de 24 études élaborées par la chorégraphe Estelle Clareton. Présentée à l’Agora de la Danse, l’œuvre se veut un mélange explosif de rage, de tendresse, de mouvement et de passion. En d’autres termes, elle  veut, ô grande surprise, étonner et choquer. Je suis allé voir ce qu’il en était vraiment.
      Le début s’annonce mal : avant que le spectacle n’ait commencé, les danseurs sont déjà présents sur scène, courant dans tous les sens et frappant à une porte qu’ils se passent à tour de rôle. « C’est intéressant », se dit on d’abord. Puis, lorsqu’on voit que ça dure, on se met à penser « c’est chiant ».On note un élément symbolique très subtil : le grillage qui sépare les danseurs du public, comme pour signifier l’enfermement, le flou ou je ne sais quoi encore. 
       Et puis le spectacle commence, et j’avouerai que les cinq premières minutes sont grisantes, j’en oublie presque l’interminable introduction. En effet, la musique d’Éric Forget, un savant mélange de bruits mécaniques extrêmement rythmé accompagne à merveille les mouvements quasi-automatisés et uniformes des danseurs (dont la technique est impeccable, en passant), et l’on se laisse entraîner par le mouvement effréné de la chorégraphie. La danse, dans ce spectacle, ne semble pas échapper à cette froideur ambiante, cette rationalisation du mouvement presque intenable, typique au monde contemporain.  
        Seulement voilà, une fois la surprise passée, le tout devient lassant. Il y a bien, çà et là, quelques passages durant lesquels les artistes font une pause pour hurler des dialogues relativement incohérents ou encore pour manger une banane (eh oui) mais le tout ne nous empêche de succomber peu à peu à un ennui des plus profonds. La goutte d’eau qui fait déborder le vase, c’est cette satanée porte  que les interprètes se relèguent un à un, et dont la symbolique nous échappe complètement. Le tout finit en queue de poisson, et seule l’extinction des lumières nous indique que la torture est bel et bien finie.  
        Furies Alpha 1/24 tente donc de dresser un portrait de la vie moderne froide et trop rationnelle, et c’est réussi, en grande partie grâce à la musique, j’aimerais le souligner. Mais ce qu’Estelle Clareton oublie, c’est qu’il en va de même pour son spectacle : il est hostile, froid et définitivement trop ennuyeux, dommage, l’idée était (presque) bonne…

Stoubidoo

Posté dans Arts de la scène par Mandelstam le 12.10.05 à 22:44 - 0 commentaire