Inutile de le cacher, La Neuvaine est, à notre sens, l’un des meilleurs films présentés sur les écrans québécois cette année. La formulation est rude, âpre, dans la droite ligne des œuvres précédentes du cinéaste québécois Bernard Émond, déjà auteur fétiche des voies marginales après La Femme qui boit et 20h17 rue Darling.
L’action raconte l’histoire de Jeanne, une femme médecin au bord du suicide après la mort tragique d’une de ses patientes et de son bébé, une mort dont elle croit porter un poids obscur. À Sainte Anne de Beaupré où elle pense passer à l’acte, elle fait la rencontre de François un jeune homme qui prie pour la guérison de sa grand-mère. Sa foi naïve et simplement offerte lui redonnera l’espérance. L’Espérance, le mot est lâché. Maintenant que je l’ai dit ne vous précipitez pas sur un préjugé : c’est encore un film comme Les Choristes, encore un de ces drames sentimentalistes…
La Neuvaine se démarque justement par sa simplicité. Bernard Émond renouvelle ses questionnements d’ancien anthropologue pour poser son regard d’athée sur le phénomène de la Foi. Il s’intéresse en particulier à la recherche du sacré dans une société qui l’a évacué avec mépris au profit de la consommation : « Mais de plus en plus, je suis préoccupé par la nécessité de la transcendance dans un monde sans Dieu. Je ne peux pas admettre que le samedi au centre d’achats soit l’unique horizon de l’expérience humaine. »
Patrick Drolet a un rôle qui requiert d’être à la « frontière entre simple et simple d’esprit » ainsi que l’aurait qualifié Bernard Émond. Son visage exprime rarement des sentiments, sans jamais apparaître impassible. Drolet a reçu grâce à ce rôle le Prix 2005 du meilleur interprète masculin au Festival International de film de Locarno (Lien), qui en a salué la subtilité. Cependant, je trouve qu’Élise Guilbaut a eu le rôle plus complexe, plus difficile à exécuter. Elle en a fait une performance unique.
Les images du paysage québécois s’harmonisent avec les scènes intenses et tendent à alléger la tension des personnages. Les scènes qui montrent le vol des oies et le visage de Jeanne qui redevient paisible à cette vue sont remplies de son espoir regagné.
La Neuvaine
Un film de Bernard Émond
Trailer
Gonnabealright