
Où l'on parle avec délice des productions scolaires, qu’on regarde d’un œil complice en guettant l’apparition d’une chips volante ou d’un mobile narquois..
Ici, j’ai bien conscience de mettre sur le même plan et dans le même panier deux spectacles d’inégale pochitude. Il y a d’abord un spectacle très poche (mais adorable), qui est passé à Montréal dernièrement au théâtre Olympia, sans le succès populaire escompté, semble t-il, et où l’on reconnaîtra l’argument de la Bohème (carrément), argument habilement resitué dans un loft new yorkais remasterisé, plateau tournant des amours de Mimi et de Roger le guitariste. Autant le dire tout de suite, je ne parlerai que du plaisir que j’ai eu à voir le spectacle, un plaisir qui à mon avis tint plus à la présence à mes côtés de mon amie accompagnatrice (Sandrine déchaînée ce jour là) et à la complicité charmante des jeunes gens encadrés (complicité effarée et gloussante dès la première simulation de cunnilingus) qu’à la qualité objective du spectacle. Les airs, chantés très fort (vent dans les voiles de la variété tonitruante), furent certes redoutablement efficaces (l’air de « would you light my caaaaandle » me poursuit depuis lors impitoyablement); m’est avis à ce propos que les chanteurs ont été choisis pour leur physique : le chanteur ressemble à Beckham, mais en un petit peu gros, et moins stylé quand même, Mimi se tortille comme un ver dans son étui à fesses et le travesti Angel (« an angel indeed ! ») tricote des talons hauts. Bref, il faut voir ça.
Il y a ensuite un spectacle juste un petit peu poche (populaire en tout cas, et c’est une qualité) qui, fort de son succès retentissant de l’année précédente avec Edmond Dantès (pas vu, désolée, mais y paraît que c’était plutôt réussi), réitère une sorte d’exploit au regard des touffeurs (moites? Non, plutôt inextricables) du roman. Là encore, un grand moment de partage avec les accompagnatrices (Axelle et Sandrine en l’occurrence, déchaînées décidément), car il fallut dompter les élèves d’un Cégep inconnu (c’est à ce moment que se place l’épisode de la chips qui vole), alors que nos élèves à nous dormaient tranquillement dans leur coin. L’argument n’est pas si compliqué au fond : Edmond Dantès se venge sous le nom de Monte Cristo des ignobles individus qui l’avaient empêché de se marier à Mercedes (devenue la femme de Danglar, le gros méchant) et l’avaient jeté dans son cachot sombre…Devenu horriblement riche par des méandres scénaristiques un peu abscons pour le coup, lui et ses acolytes (un gros Corse et un Maure mystérieux) appliquent une vengeance, qui se veut celle de Dieu, Dantès en étant le bras immanent, et le muet contemplateur du juste retour des choses. Un mot sur la mise en scène (si vous y allez avec des élèves, elle ne manquera pas de vous intéresser) qui étonne par sa fluidité et sa chorégraphie enlevante et, en outre, qui ne déroutera pas l’esprit conservateur de vos petit-culs. Ça virevolte comme une pièce-montée, tout en coulisses et en chausse-trappe (le motif du piège, les enfants!), en costumes bouffants (gansettes et manches de sortie) dont un, celui du héros, bleu et jaune électrique (un plaisir pour les yeux), en escarpolettes et en faux-puits charmants. Tout le monde est content, et le tour est joué.
+ d'info : Le Comte de Monte-Cristo au théâtre Denise-Pelletier du 18 Janvier au 18 Février 2005, et Rent (site officiel) à Broadway, au théâtre Netherlander, tant que ça marche.