Où l'on s'égosille dans nos beaux habits noirs...
À défaut d’aller voir un navet confidentiel à l’Agora de la Danse, dont Virginie, qui s’y collait ce soir-là, me fit un compte rendu pathétique, je me lançai fringante sur le chemin du Club Soda, accompagnée d’acolytes mâles bercés depuis l’enfance des accords misogynes d’un groupe vieux de plus de vingt ans (premier album et coup de génie, Rattus Norvegicus en 1977 !).
Fantasmatiquement nimbés d’une crédibilité rock apparemment inoxydable, revendiquant leur filiation avec les Doors (rien que ça) avec qui soi-disant ils partageraient certains plis, les Stranglers étaient attendus à Montréal par un public, épars et vieillissant certes, mais extrêmement enthousiaste, le genre sobre et ténébreux, pour qui le rock est une affaire grave.
Alors, qui dira sa déception lorsqu’au premier coup de maracas, le nouveau chanteur Paul Roberts (nouveau depuis 1990 tout de même) sémillant et débonnaire, pas ténébreux pour un sou, jugea bon de nous infliger des contorsions bondissantes (tout en nous informant gentiment de la taille de son pénis), suant péniblement sang et eau, le torse nu et glabre ainsi qu’un jeune homme.
On ne sut que penser de cette hâve imitation de Iggy Pop, insoutenable même pour les néophytes. Ceux qui découvrait ce soir-là les productions des Stranglers pouvaient se réjouir, en fermant les yeux sur des qualités techniques vieillissantes (mais ne dit-on pas que le batteur a 102 ans ?), les autres étaient au bord des larmes, en deuil des dandys des hauteurs qui chantaient voilà 20 ans, avec une raideur délicieuse, leur mépris des femmes. Rappelons que le groupe est en tournée en France durant tout le mois de novembre 2004.
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+ d'Infos : The Stranglers, au Club Soda, nouvel album Norfolk Coast, single Long Black Veil