
où l'on s'ébroue en terres tziganes, en ouvrant grand notre troisième oeil...
Avant de parler du groupe, évoquons l’esprit du lieu, et rappelons une banalité : le Orange est la couleur des Éveillés cosmiques et des gens facétieux. Le Orange et le Divan forment une parfaite harmonie en invitant à une méditation philosophique et mystique tout à la fois, et la rumeur veut qu’Hildegarde Von Bingen prêchât les bienfaits de leur association.
L’ambiance du bar, en ce sens, risque de vous plaire et de vous dérouter discrètement: si vous rêviez naïvement de vous fondre dans la masse crépue et tatouée des Punks qui vous plaisaient tant quand vous étiez petite (provoquant même un léger frisson d’effroi non exempt d’érotisme), vous vous rappellerez cruellement que vous êtes à présent salariée, que vous possédez des perruches très bien élevées, qui s’accordent parfaitement aux tons crème de votre salon, et que vous méditez l’acquisition de toute sorte d’objets exposés dans des magasines féminins. En d’autres termes, vous aurez l’air d’une bourgeoise, ce que vous êtes devenue, pendant au moins 10 minutes, le temps pour vous d’attraper une bière et de noyer votre lucidité dans l’alcool. Ne soyez pas triste et observez tous ces Bourgeois Bohèmes, comme vous, qui poguotent hardiment et sans complexe aux côtés de vos idoles nostagiques.
Le Divan Orange mérite toute notre attention, surtout un Jeudi soir, car il tient les rênes des nuits alternatives à Montréal, et réussit là où les nuits parisiennes échouent le plus souvent, c’est à dire offrir un espace de création ultra-festive et de véritable mixité sociale. Pour ce qui est du show, j’ai eu personnellement du mal à voir la scène (tout le monde faisait 2 mètres hier soir…), mais j’ai eu le temps de distinguer le clarinettiste, super fort, star absolue gitano chic (certes le chic n’est jamais loin du chiqué, mais c’est) et personnalité visiblement complexe. Le reste du band paraît studieux, mais diablement compétent (je pense au violoniste, très Bertrand Cantat rangé, subtil et lointain…). Le répertoire reprend des classiques tziganes, et convoque le Golem avec un Hava Nagila de collection. L’ensemble est d’une efficacité remarquable, que je goûte en bourgeoise, non sans envier ceux qui s’embrassent amoureusement devant moi, avec une langue percée.
Live Report. Gadji Gadjo en concert le jeudi 23 juin 2005 au Divan Orange.
+ d'info : Le site de Gadji Gadjo, à consulter sur le www.gadji-gadjo.com. Pour le Divan Orange, voir sur le site www.ledivanorange.org.