Une véritable leçon de théologie morale.
Réputée difficile à monter, la pièce Axël de Villiers de l´Isle Adam était sur la scène du théâtre Prospero en février dernier. Beau défi qui n´a pas été concluant si l´on en croit le nombre de personnes qui ont quitté la salle au changement de personnages.
Un majestueux évêque fait la leçon à une postulante dans un couvent improbable. Son prône convoque tous les grands auteurs de la patristique latine et assène ses arguments avec la rigueur d´un grand inquisiteur médiéval en faveur de son oblation totale à l´amour divin qui l´attire comme un aimant. Mais la religieuse modestement installée près de lui ne dit mot. Il faut attendre un autre tableau, une autre confrontation pour qu´elle hurle un «NON» puissant et déterminé, libérateur et virginal. L´autre face-à-face réunit deux hommes supposément amis qui finissent par se quereller jusqu´à l´affrontement mortel final après le même refus de la contrainte et de l´ordre. Les deux personnages anti-conformistes se retrouvent mais sont dans l´incapacité de partager quoi que ce soit dans cette logique de l´évitement comme si la fatum ou quelque autre démiurge (Faust ?) les condamnaient à se croiser sans se voir. A chaque fois, la distance s´installe dans ce théâtre symboliste. Les événements ne sont pas vécus mais rapportés par ceux-là mêmes qui les ont vécus : la distanciation est le maître-mot de cette gageure. Les acteurs, remarquables, accentuent par leur diction saccadée et solennelle, le côté différé de la représentation ; ce qui peut susciter, comme chez mon voisin immédiat, une incontrôlable agitation et le désir effréné de partir. La rupture des rythmes chronologiques - la scène et l´acte sont sans doute des concepts bourgeois dépassés, en tous les cas inadaptés au «Faust français» qu´est Axël - et des repères spatiaux ainsi que l´inexistence du décor contribuent encore à créer un malaise presque existentiel et à perdre le spectateur qui ne comprend plus le sens de ce qu´il voit.
Condamner l´aliénation par le biais de l´obscure clarté du symbolisme tout esthétique qu´il soit relève tout de même d´un paradoxe peu accessible. Vraiment si la pièce est immontable, pourquoi ne pas suivre ce conseil et tenter le diable ?