Meurtres hors-champ de Eugène Durif à l'Espace Go

060217meurtres_hors_champs_n.jpgEngagé mais dérangeant.

 Le théâtre contemporain a traversé une phase sombre et violente, flirtant avec l´absurde, à partir des années 1980, en France en particulier. L´Espace Go montre en ce moment un des auteurs reconnus de cette tendance, Eugène Durif qui utilise l´écriture et la scène comme l´exutoire de ses angoisses et de ses pulsions de haine et de violence. Comme c´est difficile et déprimant pour les spectateurs !
Le décor est expressif et désincarné : des cintres pendent et, sur eux, des robes d´été démodées puis un tas de guenilles, de vêtements chiffonnés sur lesquels se vautrent les acteurs à plusieurs reprises. Bien sûr, cette mise en scène est supposée représenter le chaos et plus précisément celui de la guerre. Les dialogues, ponctués de propos sexuels («pine rouge» d´un chien censée pénétrer une jeune fille malmenée par la vie, «
sucer»,...) n´ont  ni queue ni tête et ne contribuent absolument pas à rendre compréhensible une intrigue improbable. Cette impression est renforcée par de fréquents éblouissements dus aux phares d´une automobile, aveuglant Oreste et Pylade (sic!) dont les yeux sont réhaussés de khôl noir à la mode gothique ; voiture de laquelle sort une femme visiblement amochée. Mais sans doute n´y a-t-il rien à comprendre si ce n´est le désespoir et l´instinct de survie des êtres humains quel que soit le degré de leur avilissement.
Résumons donc la double inspiration : la guerre et, en l´espèce, celle de l´ex-Yougoslavie dans les années 1990, et la tragédie antique avec l´obsession de fond que nos deux héros viennent commettre un meurtre (tuer
Clytemnestre, souvenez-vous).  La performance des acteurs est remarquable, en particulier celle de Paul Savoie (l´amoureux éconduit dans La Promesse de l´aube) que nous appellerons le narrateur et qui tisse une sorte de lien obscur et primordial entre les personnages, tout en faisant des intrusions dans leur propre interprétation, à mi-chemin entre le coryphée et le directeur de la troupe. 
Cette forme d´engagement et de thérapie a fortement vieilli - je la croyais d´ailleurs disparue - et fait peser sur le public une atmosphère de plomb comme une prise en otage sans que l´on se sente concerné à défaut de coupable.

Posté dans Arts de la scène par Le Chanut Solaire le 19.02.06 à 00:03
Commentaires
De Gad, posté le 23.02.06 à 04:09

Euh...juste une toute petite question... Qu'est-ce que tu veux dire par là, au juste ? « Cette forme d´engagement et de thérapie a fortement vieilli - je la croyais d´ailleurs disparue - et fait peser sur le public une atmosphère de plomb comme une prise en otage sans que l´on se sente concerné à défaut de coupable.» Et, euh...pourquoi le sic ?

De Jamel, posté le 26.02.06 à 20:14

Gad, on ne tutoie pas quand on est laid, on reste trankil et on rentre chez sa mère.

De aldomaccione, posté le 27.02.06 à 15:43

N'hésitez pas à être constructifs les ptits gars...

De M. T., posté le 27.02.06 à 18:57

Umph

De Gad, posté le 01.03.06 à 23:48

Euh....certes...

Enfin, le personnage de Paul Savoie était un choix de mise en scène. Si je ne me trompe pas, ce personnage n'existait pas dans le texte original. Son texte, c'est les didascalies. Ça peut expliquer son effet étrange et inhabituel, puisque c'est un texte auquel habituellement seuls les lecteurs ont droit, et non les spectateurs.

Mais ça n'empêche pas le fait que je ne comprends pas à quoi la dernière phrase de cette critique se rapporte, (mise en scène ou texte ?)  et que la phrase en elle-même est un peu bizarre et n'a pas l'air de vouloir dire grand-chose.


De chanut solaire, posté le 13.03.06 à 13:43

Cette fameuse phrase veut dire que le spectateur est conduit malgré lui vers des situations malsaines et inconfortables alors qu´il ne l´a pas mérité. Pardon de vous répondre si tard !

De Magnus Tertius, posté le 13.03.06 à 17:43

Gad, on vouvoie le GRAND CHANUT SOLAIRE !!!


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