La Promesse de l'aube, de Romain Gary par André Melançon à L'Espace Go

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Promesse tenue...

La langue est magnifique et donnerait des complexes à ceux qui, de nos jours, se piquent d´écrire. Elle est servie, il est vrai, par de grands artistes.
L´idée de produire sur scène trois Romain Gary à différents âges n´est pas neuve mais sert admirablement l´intrigue autobiographique. Le petit garçon se débrouille très bien avec un texte parfois subtil et difficile. L´on ne sait s´il est gauche par timidité ou par un immense respect du monde des adultes, que l´on attribue à un enfant slave en 1920. Ils sont deux à jouer ce rôle en alternance. L´homme jeune manifeste la force que l´on suppose à un notre héros d´origine russe et enveloppé de mystères. Il s´exprime avec détermination et nous fixe d´un regard décidé comme si l´avenir s´ouvrait devant lui avec des oeillades de demi-mondaine. Seul le narrateur, Gary d´âge mûr, est moins convaincant mais c´est le rôle le plus endurant avec celui qui brille comme un astre dans un ciel  étoilé, celui de la mère, rendu avec une véracité, une aisance et une conviction rarement à l´honneur sur les planches montréalaises de cette saison théâtrale. Madame Lachapelle est une grande dame qui habite son personnage de l´intérieur et le fait vivre passionnément, à la russe si l´on osait. Elle campe le personnage maternel d´une ancienne actrice juive, envahissante et sacrifiée aux ambitions qu´elle attribue à son fils avec une présence saisissante. Dès lors, le spectateur est transporté d´abord dans cette Lituanie fragile des lendemains de la Première Guerre mondiale, puis à Nice, où la mère du narrateur se ruine la santé pour faire de son fils adoré un ambassadeur ou un écrivain. Rien n´échappe alors au metteur en scène, André Mélançon qui signe là une fort belle adaptation d´un roman au théâtre et qui sait rendre bouleversantes les attentions réciproques de ce couple de fortune : le jeune Romain dissimule son échec dans l´armée de l´air à celle qui lui fera envoyer pendant toute la guerre - la Seconde, cette fois - par une amie, après sa propre mort, des lettres admiratives et encourageantes.  
Demeure une énigme fort anodine - voire très secondaire - mais intriguant le spectateur : les acteurs se déplacent constamment pieds nus sur du sable qui évoque à merveille la Riviera colonisée par les Russes exilés où s´installèrent Romuschka et sa mère. Mais si ce parti pris scénique n´apporte rien de plus que la fragilité, fragilité si présente dans La Promesse  de l´aube associée à la vie humaine, il n´est pas toujours non plus adapté aux situations décrites, ce qui nous rappelle que nous sommes au théâtre et dans une perspective très contemporaine. La force de l´écriture réussit cependant à dépasser les contingences de la mise en scène et transporte le public dans une béatitude toute religieuse. La délicatesse du récit est palpable dans chacune des scènes ; en particulier dans celle de la cour timide que fait ce voyageur de passage à la mère du héros et qu´elle repousse avec la dignité d´une impératrice douairière. Toute l´âme slave se livre à nos yeux et à nos oreilles à travers ce rapport presque oedipien entre une mère et son fils, qu´elle adore, qu´elle pare de toutes les qualités, auquel elle promet un avenir radieux et munificent et qu´il admire infiniment dans la conscience qu´il a de son effacement. La douceur du sacrifice nous surprend et nous ramène à d´antiques croyances qui régissaient hier encore le monde des humains. 
Ce spectacle rend ses lettres de noblesse à un écrivain oublié, à un poète maudit qui, un jour de 1980, mit un terme à une existence flamboyante. Il est donc urgent d´aller, toute affaire cessante, contempler la beauté à l´état pur.
Le Chanut solaire.

Du 10 janvier au 4 Février à l'Espace Go

Posté dans Arts de la scène par Mandelstam le 31.01.06 à 11:57
Commentaires
De maria, posté le 13.02.06 à 15:59

Je vous avouerais que je n'ai lu, pour l'instant, que le livre. Je le conseille à tous, il est émouvant, sincère et on est toujours captivé. Cette oeuvre est écrite avec une touche d'humour qui rend l'histoire moins lourde et sérieuse, mais tout aussi intense. LISEZ-LE!!

De lucie, posté le 14.02.06 à 03:35

Ouais, moi g franchement adorééé moi ossi, lisé le, c'est un must!

XOX

Lucie



De chen, posté le 20.02.06 à 21:18

Bonjour



De Cédric, posté le 22.02.06 à 01:10

Alloooo

De aldomaccione, posté le 22.02.06 à 17:24

Je suis fasciné, que de commentaires éclairants...

De Magnus Tertius, posté le 25.02.06 à 17:53

Oui en effet, je confirme; la qualité d'un blog se voit par la pertinence des commentaires de son public, je l'ai toujours affirmé!

De cacapou, posté le 02.03.06 à 04:44

Euh. ctait bon en mautadine! joie


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