Britannicus, de Jean Racine, au théâtre Denise-Pelletier

britannicus.jpgAh, les joies des Premières presse! Tout ce beau monde, fatigué de sa semaine, qui vient au théâtre comme il va au turbin avec la même tête d’enterrement blasée, coiffée de sa raie de snobisme! Remarquez, je n’ai rien à dire, parce que pendant toute la durée du spectacle, j’ai médité l’étranglement de ma très jeune voisine qui associait les délices pervers du reniflage et du machonnage, les deux mamelles de la rébellion passive des adolescents qu’on traîne au théâtre. En ce sens, j’ai bien dû faire une tête d’enterrement moi aussi, couvée de l’œil rigolard de mon compagnon qui connaît mon aversion maladive pour les petits bruits parasites. Folledingue? Oui. Assumée.
Revenons à nos moutons, et je ne parle pas seulement des boucles affolantes de Maxime Dénommé.
Un mot d’abord sur le décor, qui m’a paru très intéressant de part son caractère volontairement fortuit. Tout était situé dans une sorte de coulisse _l’ancien cinéma de la place nous a t-on précisé dès avant l’entrée en matière_ avec sortie de secours (en guise de sortie côté jardin!), plafonds salis, tâches suspectes et radiateurs mal peints…sur lesquels, seules traces réelles du passage d’un décorateur, trônent trois statuettes aux yeux bandés, figurant les morts à venir et supports des fureurs de l’empereur défait.
 Sur le sol, un tapis d’éclats de verres à différents stades de leur fracassement, est là pour nous rappeler cet avenir (« lu dans le cristal d’une carafe ») tranchant et incertain comme les décisions d’un Néron vacillant dans une santé morale ébréchée. Par un glissement métaphorique, on y lira le souci de soutenir la transparence du vers racinien, son évidence et sa pureté, dans un dispositif dépouillé à l’extrême, qui permet à la scène de devenir la chambre d’écho de passions résonnantes. Agrippine (Dominique Quesnel, impressionnante) est bien le monstre de la maternité blessée imaginé par Racine, tenant tête à un Néron (Benoît McGinnis, en junkie amoureux) au leitmotiv rampant, inquiétant face aux déferlements de ses propres démons. Britannicus (Maxime Dénommé, troublant comme un adolescent de Pasolini) est confondant de jeunesse et de virginité.
Un seul mystère, que mon mari et moi-même ne sommes pas parvenus à élucider, celui du choix des chaussures. Un détail certes, mais qui tend ici à transformer discrètement Néron en Joe Dalton et Britannicus en maquereau marseillais (discrètement j’ai dit). Que dire des running shoes de Junie (« dans le simple appareil d’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil » dois-je le souligner…)? Comme quoi il existe bien aussi, Roland Barthes nous en avait prévenus, une maladie des chaussures de théâtre…

Mandelstam

Britannicus, de Jean Racine, mise en scène de Martin Faucher, du 25 janvier au 17 février 2006 au Théâtre Denise-Pelletier

Posté dans Arts de la scène par Mandelstam le 31.01.06 à 11:28
Commentaires
De aixbynight, posté le 07.02.06 à 20:51

bonjour

je suis en seconde et j'ai pris conaissance de ce livre et je le trouve plutôt triste , je suis en classe de seconde et mon professeur nous demandes des recherche dont je ne trouve pas forcement facile a trouver donc si c'est possible envoyez moi toute les informations possibles sur britannicus etses personnages voilà merci beaucoup aurevoir ...



De innocent, posté le 09.02.06 à 04:05

L´on comprend aisément pourquoi vos voisins et les chaussures des acteurs vous ont tant occupée quand on a vu la pièce. Seuls Agrippine et le héros éponyme sauvent une distribution bien mal en point. Le malheureux Néron ne sait pas dire des vers et hésite entre l´hystérie et la toxicomanie rendues dans un maintien ahurissant qui a dû lui donner un bien grand mal de dos. Narcisse se tient bizarrement, comme un détraqué sexuel et contrefait très mal le pervers manipulateur.   Et Dieu que ce théâtre est loin !

De kauraly, posté le 13.02.06 à 01:14

vous etes tous très bon! j'ai trouver la piece malade!je suis sorti de là avec des frisson plein mon dos!chapeau!

ps: néron , jtadore!



De anonyme, posté le 19.02.06 à 10:35

J'aurais aimé voir la piéce mais j'ai vu votre annonce que trop tard!

C'est vraiment dommage, j'espére simplement que voula rejourez




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