4 mois, 3 semaines, 2 jours prix… de l'Education Nationale

Comme en 2002 avec Elephant de Gus Van Sant, le Jury (six enseignants, deux étudiants et deux "professionnels" : l'actrice Bernadette Lafont, et le metteur en scène Marcel Bozonnet) du Prix l'Education Nationale a devancé celui de la Sélection Officielle en couronnant le très beau 4 mois, 3 semaines et 2 jours de Cristian Mungiu quelques heures avant qu'il se voie décerner la Palme d'Or…
Voici le texte de la proclamation du jury, qui motive ce choix :
"4 mois, 3 semaines, 2 jours est une fiction radicale, mais émouvante parce c'est un film qui ne triche jamais. Une des grandes qualités du film consiste à regarder le sujet droit devant d'une manière implacable, sans disgression, sans rupture de rythme.
Ce qui nous est donné à voir, c'est une relation d'une extraordinaire solidarité entre deux jeunes femmes pour permettre à l'une d'entre elles de subir un avortement clandestin. Ce qui dans les dernières années du communisme en Roumanie était un acte illégal (depuis 1966), qui fut pratiqué en masse, causant la mort de plusieurs milliers de femmes.
Dés les plans d'ouverture, sans que rien ne soit pourtant exprimé, le film installe une atmosphère d'indécision et d'oppression.
A partir de là, le film s'inscrit dans une esthétique naturaliste. Sans misérabilisme, en de longs plans séquences, alternativement hyper mobiles ou fixes, la caméra capte la déliquescence d'un pays sous le joug totalitaire tout en restant focalisé sur les deux personnages principaux, leurs actes, leurs émotions. Nous avons été particulièrement sensibles à la double perspective: l'inscription historique et la question de l'avortement toujours d'actualité.
L'aproche descriptive, se révèle d'une incroyable efficacité. Clea tire l'action vers le thriller, captant le spectateur pour ne plus le lacher. De ce point de vue la longue quête nocturne d'Otilia et de son "baluchon" encombrant est un modèle du genre. Et comment ne pas parler de la scène centrale du film —un insupportable huis-clos au cours duquel l'avorteur, se livre à un abject chantage sexuel— qui est montré sous la forme d'un hymne au hors champ (avec notamment la force du plan fixe sur Otilia de profil dialoguant avec son amie).
Pour échapper aux pièges de l'académisme et des raccourcis psychologiques d'un tel argument scénaristique, il est évident qu'il fallait un grand cinéaste. Cristian Miungiu épure son trait et enchaîne les séquences avec une maîtrise formelle époustouflante (qui s'inscrit dans le renouveau du cinéma roumain). Enfin, est-il besoin de dire que la sobriété de la mise en scène est valorisée par une direction d'acteurs remarquables.
"
Joint par téléphone, Vincent Marie, un des six enseignants du jury, professeur d'histoire et membre actif de Cinehig (voir notamment son dossier sur le cinéma africain) a levé un coin de voile sur les délibérations : 4 mois l'a emporté "en finale" sur le film israélien La visite de la fanfare d'Eran Kolirin, présenté dans la sélection Un certain Regard et qui a reçu le Prix de la Jeunesse. Selon lui, le Jury a voulu refléter une Sélection Officielle "engagée et ouverte sur le monde" (s'inscrivant ainsi en décalage avec le choix de l'année précédente, Marie Antoinette, qui l'avait emporté sur Babel grâce à la voix prépondérante du président Frédéric Mitterrand), tout en "prenant des risques" : il a ainsi écarté Persepolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud et De l'autre côté de Fatih Akin, très appréciés par le jury mais qui auraient constitué des choix "un peu trop attendus" pour un Prix de l'Education Nationale. Comme les années précédentes, le film lauréat fera l'objet d'un DVD pédagogique qui devrait sortir dans le courant de l'année prochaine.

Posté par Zéro de conduite le 01.06.07 à 14:43
Commentaires
De farouch, posté le 03.06.07 à 18:20

Pour des indiscrétions sur le jury de l'EducNat de l'année dernière, il paraît qu'il faut regarder dans le bouquin de F. Mitterrand, "Le Festival de Cannes"…

De ursus, posté le 04.06.07 à 18:42

On n'apprend pas gd chose su r le prix de l'Education dans le livre de Frédéric Mitterrand. c'est plus une divagation sur les gloires passées du cinéma (on croirait l'émission qu'il faisait sur les grands destins du XXème siècle, avec sa voix inimitable) et sur l'obsession sexuelle de l'auteur, avec dess bouts de critique dedans. parfaitement inutile sauf si vous avez la curiosité de la jet set…

De ursus, posté le 04.06.07 à 18:43

Drôle de casting d'ailleurs pour présider le Jury de l'Education Nationale que ce loustic. qui explique peut-être le drôle de lauréat de l'année dernière. Je pense que Bernadette Lafont a fait un travail un peu plus sérieux

De satay, posté le 05.06.07 à 18:36

Est-ce qu'on sait quand doit sortir cette petite merveille (d'après les commentaires des critiques) ?

De JoJo, posté le 07.06.07 à 11:09

Apparemment il est annoncé pour la fin août… comme "le vent se lève" l'année dernière…

De hebert, posté le 10.06.07 à 22:06

J'ai entendu un des profs du jury à la radio, ils avaient l'air trop contents d'avoir donné le prix au film roumain… AVANT LA PALME D'OR. Waouh ! trop cool, les enfants ils ont fait mieux que les grands ! Une question : avez-vous déjà vu passer dans vos établissements ces fameux DVD du Prix de l'Educ Nat ?

De Renez, posté le 12.06.07 à 17:42

D'accord avec Hebert. il faudra qu'on m'explique à quoi sert ce "prix de l'éducation nationale", sinon à une pure politique d'affichage et de communication ("l'Education Nationale aime le cinéma" comme "Agnès B aime le cinéma")

De Aurtograff, posté le 14.06.07 à 09:39

Hum, hum, je ne sais pas de qui vient l'erreur (Jury de l'Educaction ou Zéro de conduite ?), mais on dit "digression" et pas "di-s-gression".

De Béatrice, posté le 05.07.07 à 23:22

Pour votre info : le prix 2007 vient d'être censuré.... le Ministre, sous la pression d'associations, vient d'interdire la production du DVD pédagogique et le prix de l'éducation national, bien que décerné au film ayant reçu par ailleurs la Palme d'or, n'est pas jugé présentable aux lycéens français.... on rêve ! on s'inquiète !

De à Béatrice, posté le 06.07.07 à 12:30

C'est grave ! Où as-tu trouvé cette information ?

De Annie92, posté le 10.07.07 à 18:09

Plus d'infos ici : http://www.commeaucinema.com/showbiz=4-mois-3-semaines-et-2-jours-censure,87453.html

De Zénon zélé, posté le 12.07.07 à 12:20

C'est donc cette histoire d'avortement qui aurait titillé notre ministère, via les réseaux de Mme Boutin ? Mais où allons-nous ?

De madeleine 73, posté le 25.07.07 à 11:18

Bonjour ! qd le film a été présenté à cannes j'avais entendu le réalisateur reconnaître que lui-même était anti-avortement ce qui avait aussi motivé sa volonté de montrer jusqu'au bout ce qu'était un avortement- je m'interroge donc sur l'objectif réel de l'éducation nationale qui aurait souhaité le diffuser aux lycéens ? est-ce le bon support pour engager le débat avec les lycéens ou n'est-ce pas à nouveau un moyen de diaboliser l'avortement ?- je ne cherche bien-sûr pas à minimiser cet acte mais encore une fois il faut être prudent avec les idées que certains aimeraient voir revenir au nom d'un certain ordre moral et catho par-dessus le marché - j'attends vos réponses et vos éclairages ! merci !

De Lulu Berlu, posté le 25.07.07 à 11:54

Bon il faut savoir ! soit on reproche au film d'être anti-avortement, comme semble le faire madeleine 73, soit on lui reproche d'être pro-avortement, ce qui aurait —d'après ce que j'ai compris— justifié la censure du ministère sous la pression des Boutin et consorts. décidément le sujet est sensible…


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