
Une pièce vide comme une théière...
«Les os craquent d´ennui», comme le dit l´une des cinquante femmes présentes sur scène. Sait-elle combien elle a raison ? Belle performance et ancien désir de Brigitte Haentjens qui les dirige. Mais l´effet n´est pas à la mesure de l´envie créatrice. Deux, mais bien choisies, étaient largement suffisantes pour les paroles assénées d´abord. Les spectateurs, ou plus vraisemblablement les spectatrices, n´échappent pas à tous les poncifs sur le sujet. Exemple : moi, sa fille, je n´imagine pas ma mère ayant des relations sexuelles et, elle, ma mère, ne m´imagine pas, moi, sa fille devenue femme, dans les mêmes dispositions. D´autre part, cela évitait ces sortes de migrations sur la scène, par ailleurs absolument vide, les bras levés au ciel, où les corps décrivent un cercle imparfait ou bien suivent une trajectoire rectiligne comme une armée rangée en ordre de bataille.
Toutes ces femmes représentent la condition féminine comme l´on disait dans les années 70. Il y a là une volonté holistique, globale, universelle en réunissant de jeunes femmes accortes - selon les commentaires de mon voisin -, des femmes jeunes, des matrones, de respectables vieilles dames, des grandes et des petites, des minces et des femmes plus en chair, des brunes, des blondes et des rousses et même une future maman. Heureusement les tenues vestimentaires tiennent compte de l´irréparable outrage des ans.
Que nous disent-elles ? Imaginons un instant que Marguerite Duras et Jean Genet ait eu, par un hasard dont la vie a le secret, une fille et que, pour notre malheur, elle se soit piquée d´écrire. Cet écrivain-là est donc notre auteur. Souvent, les paroles, assez rares, qui s´échappent de leurs bouches plus ou moins maquillées et charnues déversent des considérations banales et comparent à plusieurs reprises le ventre vide de leur mère à la théière qui est censée trôner sur une table virtuelle à laquelle elles nous disent que se trouve installée la mère, vidant sa tasse. Ne disons rien de la scène où les cinquante actrices miment l´accouchement qualifié de supplice.
La pièce est donc aussi un engagement comme le laisse supposer la généalogie putative. Là aussi, hélas, nous passons à côté d´un apport sociologique intéressant. Les rapports mère/fille qui, vous l´aurez compris, était le sujet rebattu de notre affaire ne résiste pas aux travers décrits ici. Même l´inversion convenue où des jeunes figurent les mères de plus âgées ne fait pas renaître un intérêt soutenu pour ce long spectacle d´une heure et demie. Cependant, le titre - Tout comme elle - nous prévenait assez qu´elles sont pareilles, les mères et les filles, et qu´elles s´opposent pour mieux ensuite se ressembler dans l´atavique comportement maternel. Et celles qui n´ont pas d´enfant ? La pièce, pourtant pas marquée au sceau du conservatisme, n´en dit mot. Et les rapports père/fils, c´est pour bientôt ?
Le clou reste quand même la phrase finale dite avec conviction et humour par la grande Janine Sutto mais de laquelle elle ne parvient pas à effacer le caractère déplacé. Allez-y et vous comprendrez.
du 17 au 28 Janvier, prolongation jusqu'au 11 Février à l'Usine C
Le Chanut solaire.
ahhhh, ça y est on peut enfin reprendre les commentaires!