Une vieille maîtresse : bien sûr ils eurent des orages…

En signant l’adaptation du roman de Barbey d’Aurevilly, Catherine Breillat rejoint le bal à la mode des adaptations costumées, aux côtés de Jacques Rivette et de son Ne touchez pas la hache. A la différence notable, que s’il y a dans les deux cas souci de fidélité au texte littéraire, le langage paraît naturel et le rythme romanesque préservé par l’écriture cinématographique de Catherine Breillat, tantôt vive, tantôt lascive, à l'image de la panthère, animal fétiche de l’auteur dandy.
Si comme le titre l’indique, la vérité réside dans la fidélité infidèle, la mise en scène reproduit de manière vertigineuse le paradoxe. En effet, si elle s’attache aux traits caractéristiques de l’écriture de Barbey : récit enchâssé (traduit en un flash-back entrecoupé), héroïnes féminines "viriles" et personnages masculins délicieusement féminins, elle sait aussi s’émanciper du roman, mais sans être hors-sujet, toujours avec l’objectif d’en restituer la vérité profonde, celle du romantisme des artistes. La Vellini et son amant Ryno partent-ils à l’étranger ? ce sera dans une Algérie digne de Delacroix ; la Vellini réside dans un hôtel particulier ? ce sera un musée improbable, évoquant davantage la célèbre maison de Pierre Loti qu’un appartement bourgeois du XIX°. Enfin, Fu’ad Ait Aattou incarne un Ryno renversant, que Breillat a choisi pour sa resssemblance avec le portrait de Lorenzo Lotto, mais aussi pour sa bouche sensuelle qui évoque le souvenir des adolescents du Caravage. Quant à la marque de fabrique de Breillat, ses fameuses scènes de nus, elles acquièrent une dimension picturale ; et quand elles s’animent, c’est pour faire respirer le texte de l’Amour.
Une vieille maîtresse offre donc un tableau magistral de l’amour Romantique (au sens littéraire du mot), centré sur une Vellini haute en couleurs, à la fois maman et putain, sublime et parfois grotesque, le regard ironique de la réalisatrice rappelant le narration des récits de Barbey. On ajoutera que la distribution est taillée sur mesure jusque dans les seconds rôles, avec un Michaël Lonsdale cynique et une Yolande Moreau pétrie de bons sentiments hypocrites

Une vieille maîtresse de Catherine Breillat. Sélection Officielle

Posté par comtessa le 25.05.07 à 14:51
Commentaires
De grognon, posté le 26.05.07 à 10:27

C'est "Ne touchez pas la hache".

De comtessa, posté le 27.05.07 à 11:32

Effectivement, erreur impardonnable.

De karico, posté le 27.05.07 à 15:12

Tiens, pour une fois j'ai envie d'aller voir un Breillat. J'espère ne pas être déçu de la critique que vous avez rédigé.

De Vivi, posté le 28.05.07 à 09:08

Pareil, ça donne plutôt envie. le Romantisme comme mouvement littéraire (et non pas comme nourriture à midinettes) a si mal été servi par le cinéma. Et Barbey est un auteur absolument génial (en tout cas dans ses nouvelles "Les Diaboliques", le seul roman que j'ai essayé de lire "Un prêtre marié", m'est tombé des mains)…

De rémond, posté le 28.05.07 à 10:18

Très beau titre en tout cas…

De lou, posté le 01.06.07 à 15:40

… et excellent film, Catherine BReillat est à redécouvrir après s'être fourvoyé dans l'érotico-philosophique (horrible "anatomie de l'enfer") et la provocation facile…

De Brimful of Asia, posté le 03.06.07 à 18:23

Seul problème : je comprenais rien aux dialoguess de Miss Argento. Beau tempérament d'actrice, d'accord, et excellent choix pour la vieille maîtresse. Mais c'est quand même dommage de ne rien entendre aux dialogues, surtout quand ils sont inspirés de la langue de Barbey… un peu de training n'aurait peut-être pas fait d emal…

De comtessa, posté le 04.06.07 à 00:05

C'est vrai, mais j'ai trouvé que cela faisait encore plus couleur locale (dada romantrique), on devine ce qu'elle dit, je dirais même qu'on le comprend. Il ne faut pas croire pour autant que je sois fan de miss argento (c'est normal je suis une fille, et je pense qu'elle a un plus gros prb avec les filles qu'avec les garçons, elle aurait déclaré, que la seule femme plus forte qu'elle avait rencontrée c'était Breillat... ça laisse songeur, songeuse!), parce que bien qu'elle fasse tout pour faire oublier qu'elle est une héritière, qu'elle rappelle à tout va son ascendance underground, qu'elle se mette en scène comme pauvre petite fille, le docu sur France 4 l'autre soir laissait voir un personnage drôlement terrifiant et... l'art n'excuse pas tout, j'en ai ras le bol qu'on dise que les artistes peuvent se permettre d'être inhumains tout ça parce que l'humanité n'est pas digne d'eux...


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