Alexandra : Jeunesses étiolées

Une grand-mère, Alexandra, vient rendre visite à son petit-fils, sous-officier, dans un baraquement militaire, en Tchétchénie. Dans la poussière sépia, sous un soleil sale, les soldats portent l’uniforme débraillé, écrasés par le vide et l’absence de repères, hors du campement.
Au dehors, il y a pourtant une ville tchétchène, et son marché,  où malgré les bâtiments éventrés une vie demeure. Comme à l’intérieur du campement,  ce sont les "vieilles", Alexandra et Malika, celles qui sont appelées à disparaître, (et avec elles toute une mémoire) qui sont encore vivantes.  
Livrée à elle-même, Alexandra sort et même si le déplacement n’est pas une chose aisée pour son corps fatigué, elle s’en va ramener des cigarettes et des petits gâteaux pour les soldats, comme une véritable babouchka. Elle regarde et voit la jeunesse d’en face (la tchetchène) s’enfoncer sans un mot dans la résistance, perdant tout contact avec l’humanité, celle qui passe par le langage, tandis que Malika, une institutrice à la retraite, lui offre l’hospitalité et lui ouvre les yeux.
Par son prénom et son nom, le personnage d’Alexandra renvoie aux Tzars, Alexandre et Nicolas, aux épopées de Tolstoï, mais aussi aux romans de Dostoïevski. Sa silhouette et sa voix esquissent au fond de la mémoire, les ombres et les chœurs de l’Armée Rouge, mais dans cette Russie en attente  et en guerre, ce qu’elle découvre c’est de part et d’autre, une jeunesse abîmée et condamnée à vivre sans avenir.

Alexandra d'Alexandre Sokourov, Sélection Officielle 

Posté par comtessa le 24.05.07 à 20:30
Commentaires
De andra-alex, posté le 24.05.07 à 20:57

Si je connaisais l'email de Vla POUTINE j'enverrai ce texte

De marco, posté le 27.05.07 à 18:46

Dommage que vous ne parliez pas de la dimension politique du film, qui me semble tout de même déterminante concernant la Tchetchenie

De comtessa, posté le 27.05.07 à 21:53

Je sais que de nos jours on veut clairement identifier des coupables et des victimes, et je pense que c'est pour cela que ce film a été sifflé au milieu des applaudissements à la projo du matin. De la même façon j'ai été surprise de la critique du monde qui titrait "Sokourov a choisi son camp", le russe bien sûr... ce n'est pas ainsi que j'ai reçu ce film. On entrevoit une brève seconde presque au hasard deux soldats russes qui regardent à travers une palissade, et ils disparaissent, entraînés par un duo de jeunes garçons qu'on a vus auparavant... je me suis même demandé si dans cet univers sans femmes, sauf vieilles, ce n'était pas une étreinte qui se jouait là... bref la caméra était ambiguë, ce n'est pas une raison pour y lire l'ambiguité du réalisateur, c'est la même chose que pour We own the night, on y reviendra si le patron le veut bien...

De jessie J., posté le 28.05.07 à 09:06

Sokurov dit que les jeunes russes sont victimes de la guerre au même titre que les tchetchènes. Je suis bien d'accord, on peut dire ça dans toutes les guerres : les jeunes allemands qui sont morts par centaines de milliers à Stalingrad n'étaient pas moins à plaindre que les jeunes russes. il n'empêche qu'il y a quand même dans ce conflit un agresseur et un agressé, et l'armée russe est une armée d'occupation. Le Monde ne faisait pas allusion à des images du film (on n'y voit pas de violence, à l'exception de la scène ambigue que vous citez), mais à une conversation entre la grand-mère et le petit-fils soldat, où celui-ci décrit un de ses faits d'arme et une atrocité dont il a été témoin, commise par les tchetchènes. Imaginez si l'on transposait la scène à une autre armée d'occupation, l'allemande en France pendant la guerre, ou (pour prendre un ex plus récent et sans doute plus juste), l'armée français en Algérie entre 54 et 62…


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