Aujourd’hui, je choisis de parler du Pushap en faisant fi de mes promesses d’hier; ceux qui auraient pris au sérieux ma résolution d’évoquer dans ces chroniques les joies culinaires sud américaines ne doivent pas s’inquiéter d’un éventuel alzheimer qui aurait fait fondre mon cerveau, ils se rassureront et m’excuseront ou bien blâmeront vertement mes piètres connaissances en géographie dans les espaces prévus à cet effet (exemple : « l’inde c en n’asi, pauvmec » signé chacal ravi).
L’enseigne du Pushap nous fut suggérée par un très fin gourmet, un être exquis autant que braillard et exigent en ces matières, par ailleurs Bulgare excentrique et peintre. Quand nous cédâmes enfin à ses exhortations, c’était pour découvrir 1) que le Pushap était situé en plein Parc-Extension, ambiance fin d’autoroute moisie et manifestation d’anti-avorteurs tarés (tout ce dont on raffole vous et moi) 2) que le Pushap avait une devanture propre à décontenancer même un collectionneur de boules de neige allemand, à base de fioritures clignotantes cheap et de banderoles psychédéliques navrantes 3) que tout ça c’était déjà beaucoup.
Moi qui avais été initiée au très loundge Atma, un autre restaurant indien situé, lui, sur Saint-Laurent, avec poufs multicolores à l’appui et boissons sophistiquées servies par des gars pieds-nus en turban, je considérais la fuite comme une option, regrettable certes, mais qui m’évitait une lutte pénible avec des éléments décoratifs hostiles.
Je ne tournerai pas autour du pot, car en dépit de mes pauvres tentatives pour entretenir un misérable suspense, vous l’aurez compris : le ravissement me saisit au premier croc planté dans mon premier samosa. La carte est végétarienne, il vous faudra donc choisir entre des menus de lentilles, de pois chiches au curry, de basmati safranés, de lassis onctueux et de tomates à l’ail, des menus caractérisés par leur extrême simplicité et par leur savoureuse richesse, corollaire et proportionnelle. Vous aurez l'impression troublante d'être véritablement en Inde, soumis à un raffinement inconnu et insoupçonné, en laissant fondre la patate sucrée sur votre langue dubitative.
Tout est servi dans des plats de métal, et le serveur, imperturbable dans la presse, offre indifféremment son sourire ineffable et déroule pour vous avec une humble majesté les trésors de la maison. Le stand pâtisserie est à considérer étroitement. Soulignons que 7 dollars (hé oui…) suffiront à nourrir un adulte, ce qui n’est pas un avantage négligeable au regard du fameux Atma!
À demain pour, peut-être, de la cuisine polonaise…
Le Pushap, 5195, rue Paré , (514) 737-4527
Atma, 3962, boul. Saint-Laurent, (514) 798-8484