Antigone de Sophocle, par Lorraine Pintal au TNM

th_antigone_1948.jpgTout est bien qui finit bien.

Une passerelle métallique s´abaisse progressivement vers une scène plutôt rectangulaire et tendue de rouge quelques minutes après le dialogue entre Antigone et Ismène où la première tente de rallier la seconde à sa décision de donner à leur frère une sépulture. Elle conduit à un espace presque vide où gît un fauteuil renversé, sans doute la métaphore du pouvoir bousculé de Créon qui ne sort guère de l´espace ainsi délimité. Voici qu´il descend, accompagné de la reine, et redresse le siège tout en rappelant son décret tout récent interdisant, malgré les lois sacrées du dieu des morts, d´enterrer le traître Polynice qui a porté le fer contre sa propre cité de Thèbes. Les notables, vieux acteurs en costume ocre, l´écoutent avec crainte et acquiescent  de peur de subir les premiers la vindicte du chef en complet gris. Créon est caricatural pour bien faire comprendre aux spectateurs qu´il a tort de s´opposer, par son décret, au culte des morts, de confondre les deux soeurs dans une même culpabilité et de s´obstiner face aux malheurs qui s´abattent sur sa ville et aux prédictions de Tirésias, devin aussi fameux qu´infaillible, présent dans de nombreuses tragédies antiques mais ici curieusement vêtu d´une sorte de robe de mariée qui enserre le haut de son corps tel un bustier un peu démodé. Quand va-t-on cesser de nous infliger ce minimalisme du décor et cette vision totalitaire des costumes ?

Les dialogues s´étirent et les répliques sont souvent espacées comme si les acteurs cherchaient leur texte alors qu´ils souhaitent naturellement donner plus de profondeur à ce qu´ils ont à dire. Antigone ne semble pas la trouver tant ses cris de désespoir ressemblent à des hurlements poussés d´une voix trop aiguë. Sa fougue traduit mal un caractère marqué au fer brûlant de la lourde hérédité de la fille d´Oedipe. Ismène, l´autre fille de Jocaste, s´efface tout naturellement devant la détermination de sa soeur. Mais la reine Eurydice, qui aurait pu prendre une place de choix dans cette adaptation, reste une ombre aux côtés de son époux et n´ouvre la bouche qu´au moment du grand malheur qui parle à ses entrailles de mère, le suicide de son fils Hémon. Les atermoiements du rythme général de la représentation sont confortés par une entêtante musique pseudo orientale qui symbolise les changements d´acte et introduit une chorégraphie aussi invisible qu´inutile dans le déroulement de l´intrigue. Antigone braille certes, mais le choix de tout metteur en scène est cornélien : faut-il engager une actrice chevronnée et forcément plus âgée que l´héroïne ou bien respecter ce critère fondamental de la jeunesse du personnage central et se retrouver avec une créature à la colère artificielle ? Hémon rencontre le même dilemme : peu convaincant en fils révolté, il demeure légitimement tout à fait pâlot face à la figure paternelle.

Il en résulte cependant une pièce fort honorable où l´intensité dramatique si elle n´est pas à son comble réussit tout de même à nous faire oublier les presque deux heures que dure le spectacle (sans entracte !). D´un point de vue du texte, on s´en tire plutôt bien aussi : la traduction de Seamus Heaney est travaillée et l´adaptation n´est pas si mauvaise. L´essentiel demeure : Antigone a raison et toute la pièce est construite pour nous le signifier. Les costumes affublent les méchants de tenues idoines. Le prophète aveugle dénonce la cécité obtuse du tyran et son orgueil démesuré qui en est la cause. Seule, la fidèle Antigone brave le décret du prince pour honorer la loi que ses pères ont héritée des dieux, et, pour cela, à lui supérieure. A l´antique, la vérité éclate trop tard et dénonce les défauts intemporels des sociétés humaines : la servilité des peuples et la rouerie des princes.

Le Chanut solaire.

Le TNM: www.tnm.qc.ca
pièce produite du 22 novembre au 17 décembre 2005

Posté dans Arts de la scène par Mandelstam le 20.12.05 à 13:18
Commentaires
De Magnus tertius, posté le 21.12.05 à 03:55

Soit, cette critique est fort laide, et mériterai un 5, pour la perte de temps causée par cette lecture au style fort peu convenable...

De bison ravi, posté le 21.12.05 à 20:21

Merci de nous dispenser doctement ce commentaire impérial, et de perdre ainsi doublement votre temps.



De Magnus Tertius, posté le 24.12.05 à 05:09

Je daigne même perdre une troisième fois mon temps pour souligner le fait que les rousses prennent décidemment trop de place sur ce site et dans notre société. Lecteurs avisés, prenez garde!!! Nous approchons de la dictature maléfique des femmes rousses!!!



De bison ravi, posté le 26.12.05 à 15:16

Et ne parlons pas des joueurs de flûte analphabètes! C'est la plaie de nos sociétés civilisées.



De mere ubu, posté le 28.12.05 à 23:10

NON MAIS C'EST BIENTOT FINI LA VENDETTA EXTRASCOLAIRE!



De Magnus Tertius, posté le 03.01.06 à 22:04

N'écoutez point cette sorcière qui répend son poison , c'est un suppot de Satan!!!!

Prenez garde, Babylonienne! La puissante musique saura vous fracasser !



De fleur de Thèbes, posté le 17.01.06 à 16:42

généralement quand on critique une critique, c'est pour dire quelque chose de plus pertinent...(Cher magnus Tertius, ceci est à prendre avec le sourire en vrai babylonien qui se respecte...!;-)



De Alfred Dorf, posté le 25.02.06 à 02:27

Décidement... Au lieu de poluer ce lieu, vous feriez mieux de cliquer sur la fleche rouge en haut à droite, et retourner à vos recherches intiales...

De Magnus Tertius, posté le 25.02.06 à 17:56

Ne profanons pas ce lieu saint, éloignons nous, de ce sanctuaire du Blog! Ô pauvres gueux qui ne saisissez rien, fuyez tant qu'il est encore temps!

De indien dans la ville, posté le 26.02.06 à 08:18

Une flèche est une croix, une croix est une flèche ... aaaoooooooooooommmmmm


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