«Tout m´afflige et me nuit et conspire à me nuire». Célèbre tirade de Phèdre dans la pièce éponyme de Racine que l´on peut entendre chaque soir au théâtre Denise-Pelletier, dans la bouche d´Angélique, la fille d´Argan, hypocondriaque convaincu. Curieux, non ?
Deux approches opposées s´offrent au public averti.
L´on s´attend d´abord à une énième version, forcément un peu lassante et sans doute très moderne du Malade imaginaire et l´on se trouve déçu par la grossièreté des artifices, par le déjà-vu de la cuvette trônant au milieu de la scène où Argan passe un certain temps pour illustrer fort lourdement les douze lavements prescrits par monsieur Purgon et, enfin, par la musique techno qui ponctue le passage d´un acte à l´autre.
L´on vient ensuite à penser qu´il s´agit d´autre chose, d´une adaptation - qui d´ailleurs de devrait pas s´appeler Le Malade imaginaire - où les acteurs utilisent, judicieusement, des références à d´autres oeuvres du répertoire classique français, où l´actualité épidémiologique pénètre frontalement en la personne du notaire-coq (monsieur Bonnefoi) supposément atteint de la grippe aviaire, où l´interactivité avec la salle est circonscrite et de fort bon aloi.
La performance physique des acteurs qui devient un critère contournable du théâtre contemporain et qui l´emporte souvent sur le texte, fait ici, avec lui, bon ménage. La diction - vieux concept réactionnaire - est digne des grandes heures de la diérèse à la Comédie-Française. Le rythme haletant respecte la respiration naturelle de l´oeuvre d´origine et répond finalement au ressort comique assigné par l´auteur avec un soupçon de commedia dell´arte.
Bref, il convient de saluer le remarquable travail d´équilibriste accompli par le metteur en scène, Daniel Paquette, et son équipe, dont l´iconoclasme reste somme toute mesuré.N´y cherchons pas une fidélité absolue à la lettre du texte de Molière mais profitons d´un moment drôle et rafraîchissant en en savourant l´esprit et l´actualité intemporelle.
Le Chanut Solaire
Le Malade Imaginaire, de Molière, mise en scène de Daniel Paquette à la salle Fred Barry, du 15 novembre au 12 décembre 2005.
Site Officiel du théâtre Denise Pelletier: www.denise-pelletier.qc.ca