La Famille se crée en copulant, Jacob Wren à l'Usine C

LA_FAMILLE_SE_CR__E_EN_COPULANT___30_NOVEMBRE_AU_4_D__CEMBRE.jpgTrois personnages en quête de famille. Et si on bousculait les tabous tout en bousculant la représentation théâtrale? C’est ce que propose la pièce La famille se crée en copulant de Jacob Wren, en livrant au spectateur une réflexion sur la pertinence d’avoir des enfants vu que le monde d’aujourd’hui n’est pas d’une douceur exemplaire, ni les parents non plus d’ailleurs…bref dans ce monde imparfait et dans toute famille, imparfaite par définition, faut-il avoir des enfants ou pas?

Nous suivons donc (et nous sommes parfois!), trois personnages :le père, la mère et la fille à travers quatre tableaux dans une sorte de jeu de rôles qui balaie des situations les plus quotidiennes aux plus troublantes en matière de relations au sein de la famille. Au fil de la pièce, la famille se découvre dans ses failles, ses non-dits, ses fonctionnements plus ou moins bien rôdés; les personnages se cherchent, s’écartèlent, se réconcilient finalement entre haine et amour. Car la famille se révèle une cellule formée d’êtres différents avec qui il faut bien composer, le père ainsi s’étonne de la morbidité de sa fille et de tout ce qui le sépare d’elle…mais c’est ainsi. Le décor est à l’image de ce chaos familial et les objets jouent à refléter à la fois l’éclatement et la cohésion des personnages. Objets du quotidien (table, chaises, balais, mètres à mesurer, verres en plastique, instruments de musique…) deviennent terrains de jeu, des crises, de déchirures ou de ré-unions, ils soulignent le décor et l’envers du décor. Les acteurs se déplacent dans cet espace fragmenté et jouent à ne pas jouer, nonchalamment, entre gravité et dérision car la pièce trace aussi la frontière ténue entre la vie et la mort (pas moins!), le sérieux et la légèreté et s’amuse de la remise en cause qu’elle provoque. Ainsi la troisième partie se compose d’un manifeste (lu par une voix numérisée) dans lequel les arguments pour nous convaincre de ne pas avoir d’enfants frôlent l’absurde. Plus que bousculé, le spectateur est ‘’décalé’’ dans ses certitudes car la pièce touche des zones d’ombre au-delà de celles mises en œuvre dans la cellule familiale; mise en scène, jeu des acteurs, chorégraphie, décor…tout est magnifiquement imbriqué pour nous déranger. Mais n’oublions pas : tout ceci est un jeu de rôles.

Texte et mise en scène Jacob Wren Production de PME en reprise à l’Usine C du 30 novembre au 4 décembre pme-art.ca

Posté dans Arts de la scène par Framboise le 10.12.05 à 14:59
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