De Brigitte Haentjens, on avait vu à l’Usine C, en octobre 2004, Médée Matériau sur le magnifique texte de Heiner Müller où déjà se tendaient de manière transparente et fluide les problématiques liées à la féminité douloureuse, articulées autour des axes de la jalousie et de la cruauté, menstruelles et hystériques, insondables.
Il semble que cette production de la Cloche de verre, d’après le texte de Sylvia Plath, saisisse au vol le fil de ces engagements, un fil rouge que vient interrompre de manière abrupte le cri de la poétesse suicidée. On suit dans cette adaptation le personnage d’Esther (double poli et tranchant de Sylvia) sur une scène habillée d’une lumière rose de fourreau, habitée d’objets dérisoires (un canard en plastique, un verre d’eau bientôt brisé dont les éclats menacent les pieds nus de la comédienne, un livre qui sert parfois à d’improbables cours de maintien). Au fond, un four, divinité rentrée, tapie, nous rappelle la mort tragique et si désespérément recherchée par Sylvia, comme l’œil aveugle derrière les mots. Tout débute par l’exécution des Rosenberg, pour laquelle Esther ne cache pas sa fascination, puisque déjà il s’agit de « brûler tout le long de ses nerfs ». À l’époque, elle est à New York alors que, étudiante brillante, elle montre ses fêlures à d’autres jeunes filles qui comme elle ont gagné un concours de poésie (et de slogan publicitaire). C’est la première partie d’un trajet au coeur de l'Amérique puritaine, qui la mènera jusqu’à l’asile psychiâtrique, où l’attendent la trahison des électrochocs et la perte sanglante de sa virginité.
L’obsession gynécologique prend ici un éclat particulier, éclat de verre ou éclair, où l’univers de Sylvia Plath est tout entier compris. Brigitte Haentjens et Cécile Bonnier offrent une collaboration miraculeuse, rehaussée par un travail d’ombre et de lumière minutieux qui trace les contours d’une âme brisée, poète, totalement malade de sa féminité.
La Cloche de Verre a été créée en janvier 2004 au Théâtre de Quat’Sous, en collaboration avec Sibyllines, la compagnie de Brigitte Haentjens.
Le spectacle était repris le 16 novembre 2005 au Théâtre Outremont.
Site de Sibyllines : www.sibyllines.com
Site du Théâtre Outremont : www.theatreoutremont.ca
Site du Conseil des arts de Montréal : www.artsmontreal.org