Fairy queen, d’Olivier Cadiot, mis en scène par Ludovic Lagarde, à l’Espace Go

Où l'on sùrvole en compagnie d'une fée les recoins domestiques de la modernité selon Gertrude Stein...

th_fairy_1941.jpgAu lendemain de la représentation, sachez-le, j’ai longtemps continué ma méditation réjouie, entre deux éperlans frits et deux calmars en boulette au marché Jean Talon, sur le cas Cadiot-Lagarde, comme après un contact fugitif avec l’esprit amoureux de l’air.
 La pièce avait été présentée à Avignon en 2004, et paraissait à Montréal comme à mi-parcours de son ascension après La Colline et avant New York.
Cadiot, articule en poète cette improbable et fluide plongée (comme « plusieurs vents plongent ») dans le sillage grave et aérien d’une fée en visite chez Gertrude Stein. Reçue d’abord par Alice Toklas, cuisinière à moustache et madame folledingue collectionneuse, la Fée qui fut élégant courant d’air se fige dans la pose de l’écolière, et bientôt pressée comme les citrons du papier-peint, à la fois hologrammatiques et désuets, elle reçoit comme autant de camouflets, une leçon de modernité.
Tout y est d’ailleurs, historiquement exact, le space cake de Toklas, l’humour en forme de rose cubiste de Stein, jusqu’aux fêtes débridées, dont des figurants déguisés insinuent l’érotisme (pour ceux que ça intéresse, il y a même un stand « tribades », très lesbian chic, un peu cuit cependant). Reprenant courage, la Fée entame une performance cristalline sur l’amour, qu’elle relie au mythe autochtone amérindien, chorégraphie tendue sur un fil (ou plutôt perchée sur une table) où le vent des sapinaies se mêle aux cris de l’amante blessée.
Les comédiens, Valérie Dashwood en silhouette épurée, Philippe Duquesne en Stein fatiguée et Laurent Poitrenaux en Toklas toquée, habitent leur folie-douce avec une subtilité remarquable, qui éveille le soupçon de leur solitude. Le travail sur le son est admirable (cf dossier Le son mis en scène paru sur Flu, avec un entretien avec le musicien David Bichindaritz), comme à notre avis l’éclairage, qui accompagnent les mouvements de télescopage, dont Lagarde et Cadiot font leur motif récurrent : entre oral et fiction, mythe et modernité, masculin et féminin…

Le site de l'espace Go : www.espacego.com

MAJ 20.11.05 : Sur Fairy queen, lire aussi le  dossier Le Son mis en scène paru sur Flu :
- Extraits mp3 du spectacle 
- Entretien avec Ludovic Lagarde, metteur en scène
- Portrait de David Bichindaritz, ingénieur du son

Posté dans Arts de la scène par Mandelstam le 20.10.05 à 15:42
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